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L'Oeil électrique #17 | Société / Minirezo.net & Uzine2

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Par Arnaud Rupin, Eric Magnen, Muriel Bernardin, Stéphane Corcoral.

Au-delà de la dérisoire polémique médiatico-œdipienne qui a récemment opposé les auteurs de minirezo.net à quelques éditorialistes parisiens (notamment P. Val, qui a de son côté allègrement pété les plombs en formulant une critique délirante de l'Internet sur le thème "Internet-repère-de-crypto-nazis-pédophiles-qui-se-branlent-sur-la-bourse-en-ligne"), il serait regrettable et idiot de considérer ce site Web comme une tribune de plus, où les intervenants se contenteraient de taper sur les médias "traditionnels" et leurs dérives. Bien au contraire, avec uZine2, le Minirézo ne s'est pas contenté de créer un webzine. Véritable concept médiatique novateur, la construction et le fonctionnement de ce site sont largement aussi passionnants que ce qui peut s'y écrire. A bien y réfléchir, ce n'est pas un hasard : les raisons pour lesquelles on crée un média conditionnent forcément ce qui y est présenté et la manière de le faire. En l'occurrence, minirezo.net réussit à tirer tout le profit des spécificités du fameux "réseau des réseaux", et cristallise par la même occasion un certain nombre de problématiques en plein chamboulement : médiation et médiatisation, information, mais également propriété intellectuelle et responsabilité individuelle... Sorte de cousine éditoriale du logiciel libre, cette structure informelle et utopiste est un exemple stimulant de ce que peut être le Web indépendant.

Quel est l'historique du Minirézo ?
Philippe Moreau (membre du Minirézo) : C'est un groupe de webmestres (personnes qui s'occupent de gérer un site Web) au milieu des années 90, il y avait des informaticiens, mais aussi des gens qui commençaient à avoir leur propre site Web, qui ont commencé à écrire. Ils se sont rendu compte qu'il y avait des gens qui lisaient, donc qu'il y avait une demande pour ce genre de site, avec des chroniques. Ça a toujours été un mélange de journal intime, de réactions à chaud de l'actualité, d'analyses pas toujours très bien senties mais en général assez rigolotes. Un mélange de journal intime et de journal politique. C'est un peu l'équivalent en moins profond des journaux d'intellectuels qui sont publiés régulièrement. C'est de l'actualité commentée avec des sentiments personnels.

Cette période correspond assez nettement à la critique des médias qui s'est vraiment développée au milieu des années 90...
Philippe Moreau : Je pense qu'il y a un climat qui a favorisé cette forme d'expression mais je ne crois pas que les gens qui s'exprimaient avaient cette critique des médias en arrière-plan théorique. Je pense que ça aurait existé avant si l'outil avait été là avant. Les webmestres se sont rendu compte que plusieurs milliers de personnes en audience cumulée suivaient leurs sites. Ils ont vu qu'ils avaient un vrai public. Ils ont pensé qu'ils avaient là une tribune. Petit à petit, ils ont glissé vers un rôle qu'ils ne pensaient pas avoir au départ mais qui est en fait directement politique. Initialement, ils ne l'analysaient pas comme ça. Il ne s'agit pas de militants classiques, c'est ce qu'il est important de voir. C'est en ça qu'il y a une rupture avec la gauche classique. Souvent, ce sont des gens qui n'ont pas de parcours militant au sein d'une organisation. Sur Internet, ils ont inventé une nouvelle forme de militantisme. Quand ils ont commencé à se rencontrer, ils ont d'abord eu des discussions techniques. Et à partir de questions techniques, on aboutit à des problématiques politiques.

D'ailleurs, on trouve sur uZine2 une grande théorisation au sujet du fonctionnement du Web en général.
Philippe Moreau : C'est comme Act Up, toutes proportions gardées : il y avait des malades qui se sont rendu compte que personne n'apportait de solutions et que tout le monde s'en foutait. Ils ont commencé à militer pour finir par être des experts du sida participant aux réunions de médecins alors qu'ils ne sont pas médecins. S'il y a une nouvelle forme de militantisme, c'est ces groupes d'expertise non directement politisés, de gens concernés par des problématiques qui décident de dire ce qu'ils ont à dire sur ces problématiques. Et le média fait une caisse de résonance. Nous, on est un groupe d'expertise qui peut s'exprimer directement dans son propre média.

Vous utilisez sur votre site un logiciel, Spit, dont les caractéristiques permettent de nouveaux types de fonctionnement...
Philippe Moreau : Avec ce système, les lecteurs peuvent réagir à un article sur la page même où il est disponible. L'idée, c'est de faire en sorte que les lecteurs s'expriment à égalité avec la personne qui a écrit l'article. D'ailleurs, l'auteur de l'article réagit souvent aux commentaires et engage un dialogue avec les lecteurs. Par ailleurs, le système éditorial qui a été conçu par Arno* (membre fondateur du Minirézo) au départ, fait que tous les articles passent en Une à un moment donné : un article chasse le précédent quand il arrive. Plus le site est vivant, plus la Une change.

Alors, il suffit qu'une personne propose un article, qu'un certain nombre d'autres personnes de la structure trouvent qu'il est publiable, et ça passe à la Une ?
Philippe Moreau : Oui, et il y a un débat après. On publie d'abord et on discute ensuite. Il y a des articles qui sont refusés parfois parce que soit il y a trop de fautes d'orthographe et on demande au type de corriger, soit il y a des attaques personnelles par exemple. On veut aussi avoir une certaine cohérence dans la présentation, sans censurer, mais avec un minimum de filtres, parce que comme n'importe quelle publication, on peut être attaqué pour diffamation.

Est-ce qu'il y a un contrôle sur les réponses faites à un article ?
Philippe Moreau : On ne laisse pas les insultes personnelles. En fait, un contrôle s'effectue naturellement parce qu'on ne publie pas les réponses qui font moins de cent caractères. Donc il faut faire une réponse un minimum construite. Les gens qui poussent un coup de gueule désagréable, en général, ça ne dépasse pas trois phrases, ce n'est donc pas assez long pour pouvoir passer. En général, les gens qui répondent cherchent à débattre.

C'est en fait une solution qui permet de rendre le lecteur actif...
Philippe Moreau : Oui, ceux qui écrivent sont des utilisateurs et pourraient être la personne qu'ils sont en train de lire, en fin de compte.

Nous sommes rejoints en cours d'entretien par Arno* et X (un juriste qui préfère garder l'anonymat pour cause de participation à diverses commissions officielles), tous deux membres fondateurs du Minirézo.

Ce besoin d'expression sur le Web correspond-il à un sentiment de décalage d'un certain nombre de personnes avec les médias "traditionnels" et avec les journalistes en général ?
Philippe Moreau : Moi, je suis journaliste, j'ai une carte de presse, mais c'est simplement un bilan comptable : ça signifie juste que plus de 50% de mes revenus proviennent d'une entreprise de presse. Il n'y a pas de déontologie ou de crédibilité là-dedans. Les journalistes ont toujours refusé un organe qui fasse ça, comme ça existe pour les avocats, et qui décide qu'un mauvais avocat est radié. Il y a un certain nombre de journalistes au Minirézo mais en tant que Minirézo, on ne souhaite pas rentrer dans le système carte de presse parce que, pour nous, il n'y a pas de journalisme. Et si Internet doit servir à quelque chose, c'est justement à dire que tous les citoyens sont "journalistes", parce que tous peuvent prétendre donner des informations crédibles, des informations évaluées : ce n'est pas le métier qui vous donne l'honnêteté intellectuelle, ce n'est pas le métier qui vous apprend à avoir une éthique personnelle.
Arno* : Et puis, en tant que lecteur, sur Internet, tu apprends à valider une information. On le voit d'ailleurs : les gens sont demandeurs de sources pour valider ce qu'ils lisent. J'ai fait un article sur le Kosovo récemment, et le premier message que j'ai eu le lendemain sur le forum était de quelqu'un qui me demandait mes sources. Là, j'ai rajouté toutes les sources et les gens qui ont écrit des messages par la suite étaient satisfaits. Donc les lecteurs ont une attitude active de validation par rapport aux informations qui leur sont fournies.

Ça se rapproche en fait d'un fonctionnement universitaire où, en bas de l'article, toute la bibliographie est indiquée.
X : Oui, parce que les gens sont beaucoup plus intelligents qu'on ne voudrait le faire croire... En 96, j'ai fait partie d'une commission interministérielle pour établir un code de déontologie de l'Internet, et j'avais en face de moi des commerçants, etc. qui me disaient : "Vous vous rendez compte, les gens vont avoir accès à des tas d'informations alors qu'ils ne sont pas formés pour !". Moi, je suis étonné par la qualité des interventions et des réponses qui sont fournies à mes différents bulletins. Il ne faut pas sous-estimer les gens et si on y réfléchit, c'est très antidémocratique de dire : "Il faut faire le plus simple possible."
Arno* : Sur le réseau, tout est publié au même niveau d'un point de vue technique. Mais de par son organisation humaine, le réseau fait que tout n'est pas au même niveau. On nous présente Internet comme si toutes les informations étaient à plat, et que chacun doive se démerder ensuite. Mais il y a des normes sociales qui sont déjà préexistantes, il y a des gens qui diffusent de l'information à qui tu vas faire confiance : des organismes spécialisés, des scientifiques...
Philippe Moreau : Sur le Ievoli Sun par exemple, j'ai lu un article dans Libération qui disait que le styrène allait s'évaporer et ne représentait pas de danger. Sur Internet, j'ai lancé une recherche sur le styrène et en deux secondes, je suis arrivé sur le site du CDC (le centre qui s'occupe de toutes les questions épidémiologiques aux Etats-Unis) qui avait sorti une enquête sur le styrène, disponible aussi en français avec des liens vers d'autres sites. Au bout d'un moment, j'ai eu un bon condensé d'informations et ce n'était pas très difficile d'écrire un texte les synthétisant indiquant les liens vers les sites qui démontrent que le styrène est dangereux.

C'est-à-dire qu'il y a des sources disponibles et crédibles sur Internet, qu'on peut utiliser.
Philippe Moreau : C'est à la portée de n'importe qui. Il faut juste connaître un peu d'anglais pour pouvoir lire certaines informations.
Arno* : Et avoir acquis un peu d'expérience au niveau de la recherche sur le Web.

Mais prenons le boulot qu'a fait Denis Robert, sur les affaires concernant les partis politiques lorsqu'il était à Libération ; un tel travail demande du temps et de l'argent, en plus d'aller sur le terrain. C'est problématique pour toutes les structures sans financement...
Philippe Moreau : C'est vrai que le problème de l'argent est réel. Je rêverais d'être payé pour écrire des billets ou des enquêtes sur Internet !

Pour ce qui est de l'accès aux informations, aujourd'hui, les moteurs de recherche sont de plus en plus importants et certains deviennent payants pour le référencement, ce qui favorise les sites commerciauX : on se retrouve donc avec les mêmes problèmes de visibilité que les médias traditionnels.
Arno* : Mais le moteur qui monte en puissance au niveau des utilisateurs, c'est Google. Son système de référencement lui-même prend en compte la validation par le réseau. Plus ton article est visité par rapport à une requête, plus tu montes dans les statistiques pour cette requête.

Ceci dit, il y a des moteurs de recherche (MSN, AOL...) qui ne sont pas forcément les plus performants qui font beaucoup de publicité et sont de ce fait les plus connus.
X : 90% des gens qui viennent sur un site viennent du réseau lui-même. Je veux bien croire que les sites de start-ups soient visités. Elles font de grosses campagnes de pub, et c'est très visité à ce moment-là. Mais dès que la campagne s'arrête, les visites continuent

seulement pendant une semaine au maximum.
Arno* : Les gens qui vont sur MSN ou sur AOL sont des gens qui débutent. Une fois que tu commences à connaître le réseau, tu passes à autre chose. Par exemple, en 95-96, les webmestres faisaient la chasse aux AOL (les personnes dont le fournisseur d'accès est AOL, et dont l'adresse de courrier électronique est du type xxx@aol.com) parce que c'était le prototype du type qui débarquait et qui n'y connaissait rien, faisait des erreurs relationnelles, pensant avoir affaire à un service.

C'est vrai qu'à la télévision, Internet est présenté comme un service.
Arno* : Quand le très grand public commence sur le réseau, il ne te parle pas comme à une personne humaine, mais comme à un service qu'il a payé. "J'ai payé Internet donc Internet me doit un service." Tu te fais insulter parce que tu n'as pas répondu à une question dans la demi-heure ! Dans ton site, ils n'ont pas trouvé un renseignement qu'ils cherchaient, et ils te le disent clairement. Pendant six mois, un an, les gens vont ramer, ils ne vont pas comprendre qu'ils sont sur un réseau humain. Mais le fonctionnement même du réseau fait que les gens se débarrassent de ce type de comportement au bout d'un moment.

Comment voyez-vous l'avenir d'uZine ?
X : Il n'y a pas de plan média, il n'y a pas de projection dans l'avenir. On essaie d'expérimenter dans divers domaines, y compris dans le domaine juridique qui m'est cher, parce que c'est mon domaine de travail. Par exemple, même si on ne le dit pas explicitement, il est hors de question qu'un jour, on poursuive quelqu'un ayant repris quelque chose de fait sur le site.

Même si c'est utilisé commercialement ?
X : A la limite, ça ne me dérange pas. Au contraire. A condition, mais il va falloir qu'on le formalise, de permettre aux gens de protéger leur création tout en la laissant à la disposition des autres.

Un peu le même raisonnement que pour les licences GNU-Linux ?
X : Oui. J'ai créé un petit peu l'équivalent des licences copyleft, qui s'appelle pour le moment "licence de diffusion libre". C'est-à-dire libre diffusion de copie exacte. Mais quelqu'un qui le reprend dans un journal ou dans un bouquin doit le préciser, et toute personne désirant le reprendre à son tour peut le faire. Mais on peut aussi imaginer une diffusion de contenu libre, c'est-à-dire que non seulement on permet la diffusion de contenus exacts, mais également la modification. (l'Internationale situationniste avait instauré ce système lors de sa création en 1957 : tous les articles et textes publiés sous le label situationniste étaient totalement libres de droit : les gens pouvaient recopier des extraits ou la totalité des articles et les faire circuler, les modifier, les compléter, etc... et étaient même incités à le faire. Par ailleurs, on n'était pas tenu d'indiquer la source, différence majeure avec la philosophie Copyleft.)

Ce genre de chose, dans le monde scientifique par exemple, ça a toujours fonctionné comme ça...
Arno* : Beaucoup de gens pensent le libre du texte (le copyleft) comme étant un texte intouchable. Le droit moral de l'auteur est quasiment intouchable actuellement, jusqu'au point où le droit moral d'un texte est inaliénable. Par tradition, on ne touche pas à une œuvre.

Ce qui est en fait assez étrange, parce que dans "l'Histoire culturelle", la copie a toujours été un moteur de création important...
X : C'est le principe même de l'évolution intellectuelle !
Philippe Moreau : Ça dépend aussi de la nature du texte. Si c'est une œuvre d'art, on peut comprendre que l'auteur n'ait pas envie qu'on la modifie. En revanche, si c'est un texte scientifique, là, ça doit pouvoir être réécrit et repris.
X : Oui, mais l'œuvre virtuelle justement, quand on la partage, on ne s'en dessaisit pas, contrairement aux œuvres physiques.
Philippe Moreau : Si j'étais Balzac, je n'aimerais pas qu'on touche à mes textes.
X (à Arno*) : En tant qu'universitaire, je serais très heureux que tu implantes enfin sur mon site Web un système qui permette aux gens de dire : "Là, je ne suis pas d'accord." L'IRD (Institut de recherche pour le Développement) est en train de rendre consultable l'ensemble de ses fonds, et j'ai proposé qu'il y ait un système de notes virtuelles, de post-it virtuels sur les travaux, mais il y a énormément de résistances alors qu'on est dans une communauté de scientifiques.
Arno* : L'idée que ton texte devienne lui-même un outil me semble une idée moderne.

La notion de propriété intellectuelle est en train de se redéfinir dans beaucoup de domaines à l'heure actuelle...
Arno* : Le droit d'auteur est né au dix-neuvième siècle, à une époque où la création artistique n'avait aucune valeur reconnue.
X : Quelqu'un écrivait une pièce de théâtre, la pièce appartenait aux acteurs qui la jouaient en premier. C'est Beaumarchais qui a créé la Société des Gens de Lettres, parce qu'il ne pouvait pas vivre de son œuvre.
Arno* : Quand c'était un livre, l'œuvre appartenait à l'éditeur, quand c'était une pièce, aux acteurs. L'auteur n'avait aucune indépendance économique puisqu'il ne touchait aucun bénéfice de ce qu'il avait fait. Il dépendait financièrement du mécénat. Le droit d'auteur a amené l'indépendance économique et l'indépendance de l'œuvre tout court. Au vingtième siècle, on arrive à la société de l'information, la société des loisirs, et l'industrie culturelle devient centrale dans notre économie. Le droit d'auteur n'est plus utilisé comme un moyen d'indépendance, mais comme un moyen de contrôle de la valeur marchande de l'œuvre. On le voit bien avec les Américains qui veulent imposer le copyright, parce que le droit d'auteur à la française ne fait pas assez de bénéfice et leur apparaît comme étant trop restrictif. Par exemple, dans un film fait aux Etats-Unis, c'est le producteur qui a le droit final sur le film ; s'il y a des scènes qui ne lui plaisent pas, il peut couper, même contre l'avis du réalisateur. En France, si un réalisateur ne veut pas qu'on touche à son film, personne n'a le droit de le faire. Il peut bloquer la diffusion. S'il ne veut pas que son film passe à la télé, il ne passe pas.

Mais il est grillé jusqu'à la fin de ses jours !
Arno* : C'est vrai qu'il y a également le monopole industriel qui, si tu refuses d'accepter son fonctionnement, te grille. Si tu t'engueules avec ta maison de disques, tu n'es plus distribué, tu n'as pas d'indépendance, tout est structuré pour que le réseau de distribution ait le monopole. Or Internet permet d'imaginer, d'espérer un autre système. L'intérêt de Napster n'est pas de facilement pirater les disques, et il n'a d'ailleurs toujours pas été prouvé que Napster faisait baisser les ventes. En revanche, Napster permet aux musiciens d'avoir un service de diffusion indépendant des médias. Les Smashing Pumpkins se sont engueulés avec Universal et ont été diffusés sur Internet.

Pour faire ça, il faut peut-être déjà s'appeler les Smashing Pumpkins...
X : Pas forcément. Un individu ou un groupe d'individus sans moyens peut être aussi visible qu'un Etat ou une multinationale. On l'a prouvé avec le site elysee.org par exemple qui était une caricature du site officiel de l'Elysée faite par Arno*. C'est passé sur CNN et il a été beaucoup plus visité que le site officiel de la présidence de la République d'un pays très important dans le monde. C'est ça aussi Internet. Je fais un site juridique : j'ai trois fois plus d'abonnés que la Lettre d'informations de l'Assemblée nationale. C'est abracadabrant. Les majors ou les éditeurs papier vont répondre : "Sur Internet, il y a n'importe quoi, il faut filtrer. Parce que nous, on sert de filtre, on refuse 99 % des manuscrits ou des cassettes qu'on reçoit." Ce à quoi, il y a des contre-exemples célèbres. Les deux premiers livres de Marcel Proust ont été publiés à compte d'auteur. Umberto Eco a proposé Le nom de la rose à vingt-cinq ou trente éditeurs avant de forcer l'éditeur qui éditait les thèses universitaires de ses étudiants à le publier !
Arno* : La généralisation de l'auto-publication n'est pas synonyme de médiocrité. N'importe qui peut mettre ce qu'il veut sur Internet, cela ne veut pas dire que tout se retrouve au même niveau, parce que le réseau lui-même produit sa sélection par les liens hypertextes. Si ce que tu fais est chiant, tu vas avoir zéro lien, donc tu n'es plus au même niveau. La façon dont tu trouves des documents sur Internet n'est jamais due au hasard, c'est le réseau dans son ensemble qui fait une forme de sélection, de validation.
X : De façon incontrôlable, en plus.
Arno* : Incontrôlable, mais pas anarchique, et ça n'est pas n'importe quoi.

Site : http://www.minirezo.net

GLOSSAIRE :

Logiciel libre :
Logiciel livré avec son code source et suivant une licence s'inspirant du principe de copyleft. En anglais Free Software ou Open Source Software. A ne pas confondre avec le freeware (logiciel gratuit). Souvent gratuit, le logiciel libre est l'opposé d'un logiciel propriétaire mais pas d'un logiciel commercial.
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Moteurs de recherche :
Sites proposant une liste d'adresses correspondant à un mot-clef saisi par l'internaute. Annuaire du Web.
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Référencement :
Technique permettant de faire connaître son site Web auprès des moteurs de recherche.
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GNU :
Nom du projet initié par Richard Stallman et destiné à concevoir un système d'exploitation libre. Le projet GNU a débouché sur la mise au point du principe de copyleft, qui sert de base juridique à la majorité des logiciels libres.
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Linux :
Système d'exploitation libre s'inscrivant dans le cadre du projet GNU dont le développement a débuté en 1991, sous la conduite du finlandais Linus Torvalds.
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Copyleft :
"Gauche de copie". Type de droit d'auteur inventé par Richard Stallman. Le copyleft permet d'utiliser un logiciel, de le modifier, de le revendre sous forme de logiciel libre, en interdisant à quiconque de s'en approprier les droits après y avoir apporté une modification (ce qui le distingue du domaine public).
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