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L'Oeil électrique #18 | Bande dessinée / Rabaté

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Par Morvandiau, Romain Guillou.

De son propre aveu, et, si l'on en croit son arbre généalogique, Pascal Rabaté est un aventurier au sein d'une famille plutôt sédentaire : né à Tours il y a 39 ans, il a chevauché près de 100 kilomètres jusqu'à Angers où, après des études aux Beaux-arts qui lui permettent de "ne pas aller bosser à l'usine pendant cinq ans", il habite encore aujourd'hui. L'auteur d'Ibicus, fresque épique autour d'un Siméon cynique et profiteur dans la Russie et l'Ukraine des années révolutionnaires, n'est ni émacié ni inquiétant comme son personnage. L'hospitalité toute rabelaisienne de Rabaté nous laisse croire sans peine que rouler sous la table au Cognac est l'une des rares concessions que le bonhomme est prêt à encaisser pour tenter de convaincre un important éditeur de le suivre sur un projet (c'est d'ailleurs en vain qu'il se pliera à ce douloureux exercice face aux éditions Casterman). La curiosité est au menu de notre discussion avec un dessinateur/scénariste heureux d'un succès qui ne fut pas calculé et qui l'empêche assez peu de réfléchir.

Avant de publier tes premiers albums, tu es passé par les Beaux-arts où tu t'étais spécialisé dans la gravure. Qu'est-ce qui ressort de cet enseignement ?
On n'enseigne ni la bande dessinée ni la peinture. Une bonne école d'art est là pour dynamiter tout ça ! Foutre un grand coup de bazar, te dire : "T'es bon à rien donc t'es bon à tout ! "Moi, en cinq ans, j'ai appris à être curieux, voilà tout. Au bout de la deuxième année, j'ai fait du super 8, ça m'a pas mal remonté. C'est après que j'ai amorcé sur la bande dessinée : quatre malheureuses planches en sérigraphie, période grattage de pellicule, tout un micmac… De là, je me suis spécialisé, si on peut dire, en gravure sur bois et en eau-forte parce que j'avais la possibilité de multiplier, et donc de dispatcher, les images. Une école d'art forme tout sauf des professionnels. L'ouverture, de quelque média que ce soit, ne vient pas du professionnalisme, elle vient des expérimentateurs. Depuis dix ans, avec l'apparition de structures comme l'Association ou Amok, il y a quand même pas mal de choses qui sont arrivées. Quelqu'un qui veut faire de la bande dessinée, on va lui apprendre quoi ? La grammaire… je trouve que la bande dessinée a failli s'asphyxier dans les années 80 à force de se mordre la queue ! On bouffe de la bande dessinée qui rebouffe de la bande dessinée ! On ne peut pas se nourrir que d'un support, c'est impossible. Le cinéma a eu les mêmes crises, il y a des gens qui en ont inventé la grammaire vachement tôt. Je pense qu'à partir de Welles, tout a été inventé sur le travail de lumière. Après, il fallait réinventer à l'intérieur du support pour essayer d'aller chercher la vie. Des gens comme Godard, comme Truffaut… Ils se sont aperçus que la technique étant là, il fallait chercher la vie. Et de la bande dessinée des années 80, il ne reste pratiquement rien… Si, Chaland. Mais le reste, toute l'espèce de kyrielle des sous-tintinophiles…

Et donc après les Beaux-arts…
J'ai toujours une vision à très court terme. Arrivé à la cinquième année, j'ai eu mon diplôme et puis... je me suis retrouvé comme un con. Tu te retrouves à démarcher des boîtes de pub avec des gravures qui sont à moitié abstraites, des passages sur bois qui ne sont pas calés, des trucs très éclatés... J'adorais Kirchner, les expressionnistes des années 30. Mais les mecs te voient arriver avec des trucs qui font 1 mètre, avec des marques de pompes dessus… "Vous êtes bien gentil mais…"J'ai fait une expo, j'ai dû vendre pour 4 000 balles de boulots et puis on est parti au Cap Vert. On est revenu, on n'avait plus rien (rires)… Ensuite, les images seules de la gravure ne me suffisant plus, je suis revenu à la BD de manière hyper classique. J'ai eu la chance de garder un boulot au musée d'Angers tout en étant pompiste le week-end. J'ai mis deux ans à faire un projet entier de 55 pages : un travail très vif, pas expérimental dans le support, mais un truc à la fois sale et vivant.

Comment as-tu découvert Ibicus, le roman d'Alexis Tolstoï ?
Je l'ai acheté aux Puces, je suis assez collectionneur de bouquins de gravures, etc. Je l'ai lu quatre mois après et je l'ai adapté parce que ça me plaisait bien de partir d'un personnage complètement négatif et d'essayer de l'humaniser un minimum, sans parler d'identification, que les gens prennent un peu de pitié et que le personnage soit incarné.

C'est donc le personnage qui t'a intéressé tout de suite ?
Oui... et les petits détails. Tout ce qui fait la vie : la façon de rouler des cigarettes, la façon de se fringuer… Le bouquin d'Alexis Tolstoï me permettait d'aller fouiller un peu plus dans le fond. Même si ça reste un truc épique, j'avais envie de m'essayer à ce genre pour voir si j'allais réussir à m'y retrouver, ainsi que mes préoccupations. J'ai toujours été fasciné au cinéma par le Meurtre d'un bookmaker chinois de Cassavetes parce que le synopsis est classique... un policier... j'ai eu envie de prendre, comme Cassavetes, un schéma classique et de voir si on peut casser la baraque de l'intérieur sans faire écrouler les murs.

Tu parles cinéma. Certaines scènes d'Ibicus font penser à un story-board…
Oui, c'est vrai. J'ai fait un court-métrage avec Zamparutti (ami de Rabaté et coauteur de plusieurs livres) qui s'appelait Les Beach-Boys de la plage. On a bossé avec une ancienne monteuse de Jean- Pierre Mocky qui m'a expliqué un peu toutes les règles de cinoche, les raccords dans le mouvement, le placement de la caméra d'un côté ou d'un autre, etc. Là, on a fait un reportage entre Noël et le Nouvel An sur les derniers conscrits, une tradition en Vendée. On a suivi une bande de petits jeunes, les derniers conscrits du siècle. Les gars partent avec une charrette et un gyrophare et font toutes les caves du bourg. Le but est d'arriver à faire le maximum de coches. Une coche par verre. Une cave, c'est un ou deux verres. A la fin de la troisième journée, il y a des gars qui sont à 72 coches. Les vieux payent un coup et, faut pas se leurrer, ils sont là pour les faire tomber. Eux, ils parlaient de leur conscription. On a essayé de garder quelque chose d'attachant, c'est pas un procès. J'aime bien l'émission Strip-tease mais c'est facile de faire passer les gens pour des imbéciles… Par ailleurs, j'ai fait 80 pages pour Kodansha (l'un des principaux éditeurs de mangas) au Japon, et je me suis aperçu qu'il y avait de méchants liens entre les codes cinéma et les codes manga. J'ai fait l'album Le ver dans le fruit par rapport à toutes ces expériences.

Pour revenir à Ibicus, le fait d'avoir une série plutôt qu'un seul tome plus important, c'est volontaire ?
Au départ, je voulais faire un seul tome. On m'a demandé combien de pages ça ferait. Je pensais que j'arriverais à 300 pages mais, au final, je vais arriver à 550. On ne peut pas travailler sans ellipses, mais avec une ellipse entre chaque case, c'est plus de la bande dessinée, on survole les choses. Je ne fais pas de la bande dessinée psychologique mais j'essaye de dépeindre des caractères. Je me suis aperçu que je ne pouvais pas me caler dans le format de 45 pages. Soit on fait de la petite nouvelle, soit on développe quelque chose et, moi, il me faut minimum 120 pages. Mais faire un seul volume, je n'aurais pas tenu de toute manière parce que j'aurais eu tendance à vouloir revenir en arrière… Et puis, entre les différents tomes, il y a eu une évolution, j'ai changé de technique. Avec Galmot (directeur de la collection où est publié Ibicus), on s'est arrangé pour faire signer le directeur de Vents d'Ouest de l'époque pour un contrat sur deux bouquins. Je me disais : "Ca ne marchera pas, mais il sera obligé de faire au moins deux bouquins…"

Et ça a marché ?
Ben, c'est les seuls bouquins qui ont marché dans tout ce que j'ai fait. Le Ver dans le fruit s'est bien vendu mais tout ce qui était avant, pffuu… Je suis à 3 000 quoi ! Pour un éditeur comme Vents d'Ouest, c'est pas rentable. Là, j'arrive à 20 000 au tome 1 et le tome 2 suit. On est loin des 600 000 de Zep (l'auteur de la série à succès Titeuf ) mais on ne fonctionne pas non plus avec les mêmes schémas…

Avec Ibicus, tu as eu un prix l'an dernier à Angoulême. Qu'est-ce que ça signifie pour toi ?
C'est un peu comme un diplôme des Beaux-arts, tu es hyper heureux mais le soufflé redescend très vite. Welles n'a jamais eu d'Oscar ; en BD, Macherot n'a jamais eu de prix… Qui se rappelle du bouquin qui a eu le Goncourt l'année où Voyage au bout de la nuit est sorti ? Ce n'est pas ça qui fait date mais je ne vais pas m'en plaindre non plus : ça a permis de me retrouver avec des traductions en Espagne, en Allemagne, en Hollande, en Corée et au Monténégro que je n'aurais peut-être pas eues autrement.

Quel a été ton parti pris d'adaptateur ?
Quand j'ai démarré ça, je ne voulais pas être exact, que les voitures aient le bon nombre de rayons, faire de l'architecture identique… je ne suis pas un vériste. Je voulais que la chose soit habitée : un parti pris expressionniste, comme chez Murnau ou dans Le cabinet du docteur Caligari, qui ancrait le récit dans l'époque, le noir et blanc, la lumière, le travail des gris du cinéma des années 20. Et que l'architecture ne soit pas dans les bons axes, je m'en fous ! J'avais fait des choix radicaux : je collais au cul de mon personnage et je m'évitais toute scène spectaculaire. Lui, il a les jetons dans son appartement… J'ai fait des planches qui ont été détruites : c'était tellement facile de faire l'aigle à deux têtes jeté dans la Neva gelée. Le portrait de Nicolas II brûlé… ça se barre à la fois par l'air, par l'eau, le feu, magnifique ! Oui, mais Siméon, il ne le voit pas, il est dans son appartement…

Comment s'articulent l'univers noir et l'aspect truculent de tes goûts et de tes histoires ?
J'ai plus ou moins appris ça aux Beaux-arts : assumer ses paradoxes. Je trouve atterrant de rencontrer des journalistes qui me voient arriver avec des pompes zèbres ou violettes et qui me disent : "Ah, on vous imaginait habillé en noir, dépressif…" On peut travailler aussi en exorcisant ! Je ne suis pas du tout dépressif. J'ai peut-être le côté russe - et encore n'est-ce pas un cliché ? - d'être assez fataliste. Il ne m'arrive jamais rien parce que je m'attends à tout. J'ai une chance assez phénoménale de vivre de ce que j'aime mais la bande dessinée n'est pas une finalité. J'ai envie de faire des films parce que c'est une autre façon de regarder les choses. Au début, je croyais que ces modes d'expression étaient jumeaux, mais, en fait, c'est des traverses de chemin de fer qui ne se rencontrent pas : en bande dessinée, je me sens obligé de travailler de façon très bordélique pour chercher des accidents. Beaucoup d'auteurs de bande dessinée passés au cinéma se sont plantés pour ça : ils étaient omniscients et contrôlaient tellement tout qu'ils oubliaient qu'un acteur c'est de la chair, et qu'il faut rester ouvert à tous les techniciens. Ce n'est pas pour rien que l'héroïc-fantasy est un genre de bande dessinée très usité : les gens se posent comme des petits dieux, ont un don d'ubiquité, créent des règles et, en fait, on s'aperçoit que le média en crève parce que c'est de la schizophrénie ! Ce que j'ai l'impression de réussir le mieux, c'est ce que je ne dessine pas, les traits blancs entre les cases. Dans le tome 3, je suis content de la scène du viol parce que je n'ai rien dessiné et il y a quand même viol. C'est le hors-champ. En bande dessinée, tu as tellement les moyens que tu peux tout montrer. Je crois qu'en littérature, et partout, le plus intéressant c'est la suggestion.

A ce propos, le parallèle entre la bande dessinée et la poésie te semble légitime ?
Oui. Et c'est un parallèle qui correspond à mes goûts parce que je pense que si un produit n'est pas poétique, il n'est rien. La poésie peut être sombre comme celle de Michaux, ou fraîche comme euh… ben, j'en cherche tiens ! (rires) Au cinéma, Tati, c'est du bonheur parce que c'est poétique ! Bresson, c'est pareil… foutre les pieds dans la merde et effleurer les choses du bout des doigts. J'ai rencontré un scénariste qui m'a expliqué qu'il avait mis au point une règle : 4 pages de ça, 10 pages de ça, etc. Quand on me cite une méthode comme ça, pffuiit, j'évacue ! On ne peut pas faire ça. Van Hamme (scénariste de Thorgal et XIII) doit le faire sûrement, il doit avoir ses canevas. Moi, ça ne m'intéresse pas. La vie n'est pas foutue comme ça, les choses arrivent de façon brutale comme de façon lente…

Tu es récemment allé au Monténégro puis en Ukraine pour des expositions des pages d'Ibicus. Comment ça s'est passé?
J'y suis allé par pure curiosité parce que, même si je lis Libé, Le Monde et Courrier International de temps en temps, je me sens assez sous-informé. Arrivé en Ukraine, même si en 3 semaines tu n'as pas le temps de voir grand chose, j'ai eu l'impression d'être face à l'Italie d'après-guerre. Tout le monde survit parce qu'il y a, je crois, une loi familiale qui préserve une certaine solidarité. C'est Le voleur de bicyclette de De Sica, un pays en jachère complète : il n'y a plus d'infrastructures gouvernementales, un prof d'université donne des cours de français le soir, dirige une usine de clous le jour et va être guide en plus une partie de la semaine… Mais, contrairement à l'analyse qu'on m'en avait donnée avant, ce n'est pas mafieux. Les gens sont simplement en état de survie : le mec qui a la chance d'avoir une bagnole pour aller au boulot va faire taxi. Chacun négocie ses petits talents. La différence avec mon séjour au Monténégro, c'est que, là-bas, on n'est pas rendu à une extrémité telle, les gens sont contents de t'accueillir, tu ne vas pas payer, tu es invité. C'est une loi de l'hospitalité béton qui est d'ailleurs parfois hyper gênante.

Ca n'existe pas en Ukraine ça ?
Non. Les gens sont hyper sympas, mais… je sais que j'arrive là-bas en tant que quelqu'un qui s'en sort, qui est propriétaire de sa baraque, etc. Je ne vais pas arriver non plus avec une ostentation de la réussite ! Avec Galmot, tranquilles, on s'est dit : "on va essayer d'y aller fin quand même ! " On se retrouvait avec eux, on disait : "laisse tomber, on va payer. - Non, non, non. - Si, on t'invite ce soir et on paye." Et le lendemain, il revient et il te dit : "Faut qu'on partage. "Tu te retrouves à bouffer avec lui et il va payer 2 bières et toi, tu payes les 3 repas… Vu la situation, est-ce qu'ils peuvent considérer un Européen autrement que comme une vache à lait ? Le pays est à l'image des vieilles sur les marchés qui vendent des champignons : tous les champignons viennent de Tchernobyl et ils sont tous contaminés. C'est tout. Les Ukrainiens sont bloqués dans un système hérité du système soviétique. Je ne crois pas à la loi du marché mais, en attendant, ils sont en train de ramer. Tous ceux que j'ai rencontrés, qui ne sont pas représentatifs mais quand même, ont l'impression de vivre le Titanic. Ceci dit, je ne suis pas revenu déçu. Le quartier Odessa, c'est un foisonnement de monde, un marché incroyable ! Ils ne sont pas près de rentrer dans l'Europe parce que c'est crade ! Mais je me sens plus à l'aise dans un marché ukrainien que dans un supermarché européen. Il n'y a pas de vie dans l'eau de Javel mais dans les bactéries. Et là, en effet, il y avait même un peu trop de vie ! Le mec, il épluche les poissons, t'as des écailles jusqu'aux genoux ! (rires) ?a ne me gêne pas de manger un fromage avec des asticots, si le goût est là, je boufferai les asticots. Je suis un instinctif, je revendique l'animalité.

Dans ce contexte, comment s'en sortent les artistes là-bas ?
Les artistes que j'ai rencontrés soit fonctionnaient très bien avec l'ancien système - parce les filières perdurent malgré tout, ça ne s'éteint pas du jour au lendemain - soit c'étaient des jeunes auteurs qui n'attendaient de la rencontre qu'un phénomène de passage, que je prenne leur boulot pour le vendre en France. C'est une éventualité que j'avais envisagée mais je n'ai pas rencontré de boulot suffisamment intéressant. C'est aussi parce que je n'ai pas envie de bosser comme ça. Si je veux bosser avec les Monténégrins, c'est qu'ils veulent s'en sortir eux-mêmes. J'arrive pas pour jouer les sauveurs et ramener, comme Poivre d'Arvor, des gamins dans mes valises.

En France, tu as eu des retours de lecteurs par rapport à Ibicus ?
J'ai eu des retours mais les gens me parlaient plus de plastique que du fond et c'est très gênant : c'est la première fois que j'ai bossé, en bande dessinée, sur quelque chose où j'ai essayé de ne pas dissocier le fond de la forme. J'ai fait les choses en même temps, c'est une espèce de pot-au-feu : j'ai refusé d'être scénariste ou d'être dessinateur, j'ai décidé d'être les deux à la fois. Et si tout casse, hé bien, tout cassera, si tout marche, tout marchera. Il faut donc prendre le risque de faire quelque chose qui peut être raté. Et ce n'est intéressant que si ça peut être raté. Mais, de toute façon, les gens qui vont venir te voir c'est parce qu'ils t'aiment bien. C'est intéressant dans le sens où ça flatte l'ego, mais ça ne fait pas avancer les choses.

Tu es attentif à ce qui a pu être écrit et dit dans les médias ?
Ben, pas trop. Je suis plus attentif aux critiques négatives qu'aux critiques positives parce que...

Tu as eu des critiques négatives ?
Je n'en ai pas eu beaucoup. Comment dire ?... c'est intéressant d'analyser. En presse, quand tu fais tomber une carte, tu vas faire tomber les autres. C'est-à-dire : tu fais tomber la carte des Inrockuptibles ou la carte de Télérama, tu vas te toper le journal de France 2... Mais après, je relativise. Est-ce que c'est la qualité du travail ou est-ce que c'est simplement quelqu'un qui a mis le doigt sur mon boulot ? C'est l'effet dominos : si tu n'as pas l'article qui va tout déclencher, les trois quarts de la presse vont passer à côté. Après t'auras toujours les même gens qui vont s'intéresser au travail, qui vont essayer de défendre le boulot. Polac, par exemple, quelqu'un que je respecte beaucoup en plus, n'a lu mon travail que parce qu'il y a eu un article dans les Inrocks. Pour lui, la bande dessinée, c'était un art mineur, c'était pas un art d'ailleurs, juste un ersatz. Il avait bien aimé le roman, bon... chance, il a aimé l'adaptation et il a commencé à faire des articles dessus. Tout est très flou : soit on joue la carte, soit on ne la joue pas... On m'a proposé de faire des émissions télé à la con, genre Qui est qui... (rires) Après il faut savoir si tu tombes dedans ou non.


Bibliographie sélective

Editions Vents d'Ouest :
- Ibicus (3 tomes)
- Un ver dans le fruit
- Les pieds dedans
- Premières cartouches
- Ex Voto (scénario de Zamparutti)
Editions Casterman :
- Les yeux dans le bouillon Editions Amok :
- Un temps de Toussaint (scénario de Zamparutti)
Editions l'Association :
- Les cerisiers
Editions Rackham :
- Signé Raoul
Editions de la Charrette :
- Jacques a dit (dessins de David Pudhomme)
- Le jeu du foulard Editions Futuropolis :
- l'Exode
- Vacances, vacances