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L'Oeil électrique #22 | Nouvelle / Une soirée en boîte

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NOUVELLE / UNE SOIRÉE EN BOîTE

Par Véronique Herbert.
Photos : Laurence Maqueda.

22h. Le match de foot France-Algérie se joue encore à cette heure. La radio est allumée comme chaque soir. Entendre ces voix discuter me divertit et m'apaise. Je pourrais louer la télévision, mais les rares fois où elle a trôné sur le bureau, je ne décollais pas les yeux de l'écran. La pièce est trop petite : entre elle et moi il faut choisir. Je ne me sens pas réellement seule car je me retrouve. Je ne subis plus la prison à ces heures-là. A l'extérieur, tout le monde ne fait pas la fête le samedi soir. Je suis tombée en prison un mois après mes 18 ans - j'en ai 23 - et je n'étais pas une fêtarde. Je goûtais à la liberté de la nuit pour les premières fois peu avant de prendre quinze ans avec une peine de sûreté. Ni l'alcool ni les drogues ne me tentaient. Ma tête et ses drôles de désirs faisaient leur chimie tout seuls. Bref… j'écoute le foot. Les filles de la division ont baissé leur musique depuis une demi-heure. Entre le dernier tube techno et l'éternel Pour que tu m'aimes encore de Céline Dion, mes oreilles perçoivent les chaises traînées, les chasses d'eau et quelques cliquetis sur les tuyaux de chauffage. Ahhh…4 buts à 1 pour la France et voilà le terrain envahi par des supporters. 22h33. A la radio, on parle d'une suspension de peine pour les détenus gravement malades et très âgés. Je ne peux m'empêcher d'avoir cette pensée cynique : "Merci Papon !" Reste encore à s'occuper des malades psychiatriques. Quand on met les pieds au Centre de détention de Rennes pour la première fois, on ne voit pas les filles qui ont l'air d'avoir les idées claires. Elles ne sont pas nombreuses.
J'éteins la radio… Quel calme. Je suis claquée depuis deux jours et le retour de permission de mon amie doit y être pour quelque chose. Elle est rentrée lundi et nous avons attendu ce week-end pour enfin avoir du "temps libre". Ici aussi la fin de semaine est une pause. La prison devient molle et ce n'est pas un mal étant donné mon état de stress permanent. Enfin, pour peu que ma compagne soit à mes côtés. Je pense à elle. Nous pourrions être ensemble. Qu'importe les discothèques et les virées entre potes lorsque c'est la tranquillité et l'intimité qui font à ce point défaut. 23h. Habituellement, je lui écris une petite lettre car nos discussions et nos câlineries s'interrompent brutalement à 19h30 pour cause de fermeture des portes. Mais demain matin vers 8h, "nous serons toutes ouvertes" (enfin nos portes), comme chaque dimanche et jour férié. Je rejoindrai ma bébou de 26 ans. La surveillante ne devrait pas venir nous chercher. Nous serons ailleurs qu'en prison et je sortirai de la boîte des souvenirs et des émotions de mon enfance qui à coup sûr feront fuser les rires. 23h26. La deuxième ronde du soir passe. L'œilleton s'ouvre une seconde… Ces rondes de nuit m'ont parfois rassurée quand j'étais inquiète pour mon amie. Aussi, il m'est arrivé après une journée riche en angoisses de guetter les réactions des surveillantes durant la ronde. Derrière la porte close, les sons sont plus angoissants que les images qui nous échappent. On peut dire qu'il n'y a "pas autant de suicides que ça" en prison... Je me rappellerai toujours de ma deuxième semaine à Rennes, lorsque ma voisine est morte d'overdose.
00h. De ma fenêtre je vois la lune blanche presque pleine. Les passereaux piaillent. Les années défilent pourtant lourdes d'habitudes et d'impuissances. Je pense aussi à certaines personnes que j'ai rencontrées en prison. Sans elles, la détention serait un long tunnel sans parole et sans confiance. Dans tous les cas, de l'amour se sera faufilé en faisant un pied de nez au règlement. 1h. En me couchant, j'ai en tête les talibans. A Kaboul on exécute les gens sur les terrains de foot. C'est terrible à dire mais devant moi j'ai toute la vie.