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L'Oeil électrique #25 | Littérature / Annie Ernaux : Transfuge social

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Par Delphine Descaves, Eric Magnen.
Photos : Yannick Labrousse.

Annie Ernaux creuse depuis son premier roman (Les Armoires vides, en 1973) l'histoire de sa famille, de ses rapports avec ses parents. Transfuge sociale, comme elle aime à se définir, elle n'a eu de cesse de raconter et analyser ce chemin parcouru, de l'épicerie familiale dans un village de Normandie aux bancs de la fac et au luxe du microcosme littéraire. Son histoire en soi n'est pas extraordinaire ni rare, elle en rappelle des milliers d'autres. C'est précisément la force de ses récits, à mi-chemin entre l'histoire personnelle et la démarche sociologique. Son histoire, c'est celle de l'ascension sociale, vécue grâce à l'école et malgré elle ; c'est celle d'une lutte parfois âpre pour s'affranchir dans la douleur et quelquefois la culpabilité de l'univers familial. La Place, livre sur son père (grâce auquel elle obtient le prix Renaudot en 1984 et acquiert une plus large notoriété) dépasse ainsi le seul témoignage et prend des accents universels. De la même façon, plusieurs années après, L'Evénement retrace un épisode personnel (un avortement), qu'il faut lire comme un instantané de la société française au début des années 60. Ecrivain sans pudeur, Ernaux a aussi écrit sur elle dans l'intime, au détour d'un journal ou de son récent récit, L'Occupation. Là, elle convainc moins, l'écriture "plate" qu'elle revendique se faisant plus insignifiante, touchant à ses limites. Elle nous reçoit chez elle, dans un jolie maison d'un quartier résidentiel de Cergy, à l'intérieur bourgeois. En repartant, elle nous montrera en riant la porte de service qu'elle a toujours prise pour la principale et ironisera : "Ce que c'est que de venir d'un milieu bourgeois ! On ne se refait pas !"

Comment vous situez-vous, entre une écriture simplement autobiographique quasi documentaire et une écriture de fiction ?
Lorsque j'ai commencé d'écrire, à 22 ans, un roman qui n'a pas été publié, et quand j'ai repris et mené à bien dix ans plus tard le projet des Armoires vides, je me situais dans la perspective de la fiction, c'est-à-dire la transformation des données autobiographiques sur ma jeunesse mises en roman en quelque sorte, à travers un personnage qui s'appelait Denise Lesur. J'avais intitulé ce livre "roman" parce qu'à cette époque-là, il me semblait absolument impossible de faire autre chose qu'un texte de fiction, même avec des éléments de la réalité. Le livre était construit selon une forme romanesque, celle du flash-back d'une fille en train d'avorter à la cité universitaire qui se rappelle sa jeunesse. Mais c'était une fiction très autobiographique. Puis il y a eu une grande évolution : j'ai été prise par le désir d'écrire sur mon père, sur sa vie et sur le sentiment de trahison de classe sociale que j'avais. C'est un projet qui a modifié de fond en comble ma position d'écriture. J'ai éprouvé de grandes difficultés pour l'écrire. Ayant d'abord commencé d'écrire un roman sur mon père, j'avais un sentiment de fausseté : ce que je voulais dire ne cadrait pas du tout avec la fiction. Aussi, n'arrivant pas à faire ce que je voulais, je me suis lancée dans un autre projet, La Femme gelée, que j'ai conduit finalement sur le mode autobiographique de l'exploration, c'est-à-dire : "Pourquoi je suis devenue cette femme ?" Mais j'ai tout de même encore mis le mot de "roman" sur la couverture. Ensuite, je suis revenue au projet d'écrire sur mon père et c'est à ce moment que j'ai pensé que ce serait un texte entièrement "ethnographique". D'ailleurs, le titre du livre, avant que ça s'appelle La Place, était Eléments pour une ethnographie familiale. J'avais adopté une forme de récit mais j'avais la volonté de me situer entre la littérature, l'histoire et la sociologie. Il était pour moi évident qu'avec ce texte de La Place je ne reviendrais pas au roman, parce que j'avais découvert toutes sortes de possibilités nouvelles en me situant dans des textes qui n'étaient pas fictionnels au sens traditionnel…