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L'Oeil électrique #29 | C’est beau la vie / Le football

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Par Julien Dupont, Stéphane Corcoral.

"Ah la la, il était tout seul au deuxième poteau, il était TOUT SEUL au deuxième poteau, il était tout seeeeuuul au deuxième poteau !!!"
Jean-Michel Larqué


Les faits

La forme moderne du football est née en Angleterre dans les années 1830, mais on a trouvé les traces de certaines formes de jeux assimilables à ce sport depuis l'époque romaine. Ainsi, le premier "match" connu remonte à 217 avant JC, à Derby (Angleterre actuelle), où les troupes locales ont ainsi fêté leur victoire sur l'envahisseur romain.

Frapper le ballon de la tête entraîne la destruction de 4000 cellules du cerveau environ.

Le chiffre d'affaire annuel de la FIFA s'élève à 320 millions de dollars.

Au cours d'un match normal, les joueurs peuvent parcourir entre 10 et 12 kilomètres.

En 1998, plus de 1,5 milliard de personnes ont suivi la coupe du monde à la télévision.

En 1999, plus de 90.000 spectateurs se sont réunis au Rose Bowl Stadium de Californie pour voir l'équipe féminine des Etats-Unis battre la Chine. Il s'agit de l'événement sportif féminin qui a attiré le plus de monde à ce jour aux Etats-Unis.

Les joueurs blessés au cours d'un match n'ont pu être remplacés qu'à partir de 1958.

Le Brésil est le seul pays à avoir participé à la totalité des coupes du monde.

Au début des années 90, le sponsor officiel du club écossais de Clydebank était le groupe Wet Wet Wet.

Le sifflet de l'arbitre a commencé à être utilisé en 1878. Avant cela, les arbitres devaient recourir à un mouchoir qu'ils agitaient.


Un peu d'histoire

LA BABALLE
Comme nous l'explique sans sourciller Gérard Ernault, patron du magazine France Football, "le ballon rond puise ses origines dans le mythe solaire, mythe universel par excellence." Les jeux de balle existent ainsi depuis la nuit des temps, et ils avaient autrefois une fonction magique : le ballon, dont le premier fut sans doute une tête d'homme tué au combat, était à l'origine souvent lié à des rites de fertilité et d'exorcisme.
En Chine, le jeu du ju shu ("frapper la balle de cuir du pied") est évoqué dans un livre de la dynastie Han. En Grèce, Hérodote décrit pour sa part des jeux de balle au cinquième siècle avant notre ère. Les conquêtes romaines popularisent certains de ces jeux, notamment l'harpastum, où deux équipes se disputent une outre remplie de sable pour la déposer à un endroit déterminé.

SOULE, FUTE-BALLE ET CALCIO
Dans la France médiévale, le jeu favori est la soule, signalée en 1319 dans un édit de Philippe le Long. Ancêtre du rugby et du football, la soule se jouait avec une boule de bois (!) ou de cuir, ou encore avec une vessie gonflée d'air. Aucune règle bien précise ne la régissait : il fallait simplement maîtriser le ballon à coups de pied et de poing, et le porter à un but fixé d'avance. La partie durait plusieurs heures et tout le village participait.
En Angleterre, à la même époque, se pratique le fute-balle : les rencontres étaient particulièrement violentes, et il n'était pas rare que des joueurs abandonnent la partie pour cause de crâne fracassé. Des décrets royaux interdirent ces jeux à plusieurs reprises, car ils provoquaient de trop grands désordres parmi les populations.
La Renaissance italienne connaît le quico del calcio : deux équipes de vingt-sept joueurs s'échangent la balle avec les pieds ou les poings pour l'envoyer derrière une clôture au bout du terrain adverse.

LE FOOTBALL MODERNE
A partir de 1828, sous l'impulsion de Thomas Arnold, principal du collège de Rugby (Angleterre), la pratique du football s'intensifie dans les prestigieuses écoles privées. Les cours en dallage de ces écoles découragent chocs et mêlées et favorisent le jeu au pied, ou dribbling -game. En 1848, les étudiants de Cambridge codifient le dribbling game : nombre de joueurs, durée du jeu... Le premier championnat professionnel, la Football League, débute en 1885, et en 1905, plus de 10 000 clubs anglais sont affiliés à la Football Association.
Dès lors, employés de compagnies maritimes ou télégraphiques, agents commerciaux et étudiants anglais implantent le football aux quatre coins de l'Empire et de l'Europe. En France, le premier club créé fut celui du Havre, en 1872.
Le football gagna aussi l'Amérique du Sud et s'y développa très rapidement.
Au début du vingtième siècle, sous l'impulsion des colons belges, français et italiens, le foot s'implante également en Afrique. En Asie, la Chine compte aujourd'hui plus de 40 millions de joueurs licenciés, soit plus que toute l'Europe. Aux Etats-Unis, dernier territoire réfractaire, après une tentative avortée dans les années 1970, le football professionnel s'est récemment implanté avec un premier championnat créé en 1996.


De l'argent dans le football ?

80% des ballons vendus dans le monde sont produits au Pakistan, dans le district de Sialkot, avec la main-d'œuvre de 7000 enfants. Sialkot a été l'unique fournisseur de ballons de football des Coupes du Monde 1998 et 2002.
En 1994, le Pakistan s'est joint aux efforts du Programme international pour l'abolition du travail des enfants et, en 1997, le projet Sialkot a été lancé pour éliminer le travail des enfants de la fabrication de ballons de football. Ce projet vise à offrir une éducation aux enfants concernés, en leur donnant accès à l'école gratuite pendant la journée tout en leur permettant de travailler à temps partiel à domicile, pour apporter un revenu supplémentaire à leur famille.
Cependant, ce système a ses failles puisque des pièces de ballons de football quittent Sialkot pour être cousues dans des centres de production non supervisés. Les enfants y passent parfois jusqu'à 14 heures par jour. Beaucoup souffrent de problèmes de vue, de piqûres, coupures et de perforations aux mains et doigts, de déformation du petit doigt à force de tirer sur le fil et de problèmes de dos. Pour gagner le salaire minimum, toute la famille est souvent impliquée. Toutefois, les salaires ne sont pas garantis : le paiement ne s'effectue qu'à la livraison.

9 milliards de dollars sont nécessaires pour assurer une éducation fondamentale gratuite à tous les enfants concernés pendant un an 8 milliards de dollars ont été dépensés pour rénover et construire des stades en Corée et au Japon en préparation de la Coupe du Monde 2002
23 cents : ce que gagne un travailleur par ballon 91 dollars : tarif affiché par le site de la FIFA pour un ballon de football de la Coupe du Monde
45 dollars par mois est le salaire minimum légal des employés dans la fabrication des ballons de football 23 dollars par mois : ce que reçoit réellement un travailleur
Aucune augmentation des salaires des travailleurs n'a été observée Une multiplication par 4 des revenus des droits des média pour la Coupe du Monde a été enregistrée

Informations et action : sur http://www.globalmarch.org/



Morceaux choisis

Le footballeur professionnel étant souvent interviewé, parfois même après un effort physique intense, il peut être amené - tout comme l'homme politique ou la star du cinéma - à dire de très grosses conneries.

Quelques exemples :

"J'ai dépensé pas mal d'argent sur l'alcool, les filles et les voitures. Le reste, je l'ai gaspillé."
George Best (Angleterre)

"Parfois au football, il faut marquer des buts." BR> Thierry Henry (France)

"Je vois la carotte au bout du tunnel."
Stuart Pearce (Angleterre)

"On a vraiment dominé 99% du match. Mais il a suffit des 3% restants pour qu'on le perde."
Ruud Gullit (Pays-Bas)

"Mes parents ont toujours été là pour moi, depuis l'âge de sept ans."
David Beckham (Angleterre)

"Le ballon, c'est comme une femme, il aime les caresses."
Eric Cantona (France)

"Nous avons perdu car nous n'avons pas gagné."
Ronaldo (Brésil)

"J'aime tous les styles musicaux, même Garou."
Ronaldinho (Brésil)



Joueurs inesthétiques, horreur footbalistique, jonglage virtuel et nudistes

http://uglyfootballers.com/
hit-parade des footballeurs les plus laids

http://www.soccersucks.org/
le site qui déteste le foot (en anglais)

http://fire.he.net/%7Esonarr/sonarchallenge.html
pour parfaire son jonglage pendant les heures de bureau

http://www.streaking.co.uk
galerie photo des amateurs de courses dénudées sur les stades du monde entier



Fiche-pratique : Journaliste sportif spécialisé dans le football

Le journaliste sportif spécialisé dans le football (JSSF) est une sous-espèce du journaliste sportif - espèce qui fait elle-même partie de la famille des journalistes normaux.
Le journaliste sportif spécialisé dans le football recourt aux mêmes stratagèmes que le journaliste normal pour assurer sa survie. Ses seules spécificités ont trait au contexte particulier de son activité (terrains de football, clubs de football, milieu du football) et aux individus auxquels il est confronté (joueurs de football, entraîneurs de football, présidents de clubs de football, consultants en football, autres journalistes sportifs spécialisés dans le football).
S'il est un exercice incontournable dans l'activité du JSSF, c'est bien l'interview de footballeur - une activité qui implique un processus long et complexe.

ETAPE 1 : POSER LES QUESTIONS
Comme pour un article normal, il est préférable de trouver un "angle" pour l'interview. L'angle est au journalisme ce que la méthodologie, la construction d'une problématique, la définition de l'objet et l'examen d'une hypothèse sont à des formes de pensées plus évoluées.
Ce procédé explique la répétition des mêmes questions dans une interview : cela signifie dans ce cas que le sujet refuse de se tourner selon l'angle défini. Il faut alors insister, car les interviewés ignorent tout des subtilités du métier.

ETAPE 2 : RETRANSCRIRE
Cet exercice est délicat mais indispensable : il implique d'enjoliver, d'éviter les répétitions, de gommer les barbarismes, de rectifier la trajectoire d'une phrase qui part loin à l'ouest, tout en respectant l'esprit du propos. Mais les conditions matérielles des salles de presse étant parfois précaires et les JSSF préférant prendre des notes plutôt que d'enregistrer, les retranscriptions sont souvent approximatives.
Exemple 1 : la synthèse
VO (Luis Fernandez)
"A partir de là moi je prends une certaine initiative. L'initiative je la prends en mon âme et conscience sans que personne puisse me dicter ou me dire, ou me faire faire. Je la prends parce que je crois que on arrive à un stade, on arrive à un moment où je préfère sauvegarder, je préfère protéger mes joueurs, protéger mon club, mes supporters, parce que si ça devient toujours le même constat où toujours de trouver un personnage qui est toujours le même en étant le fautif. Parce que quand on lit les déclarations des uns et des autres, quand on essaie d'analyser ce qu'ils veulent dire, on dit toujours c'est Luis."
VF (AFP)
"J'ai l'impression que le mal du foot français, c'est Luis, a-t-il brièvement commenté. Je préfère protéger mon club."
Exemple 2 : la réinterprétation
VO (Robert Pires)
"Je pense qu'il y a une surcharge des matches. Alors moi attention, j'avais dit que jouer tous les 3-4 jours ça ne me déplaisait pas, au contraire, ça nous permettait justement d'avoir un rythme et puis de jouer des belles compétitions. Aujourd'hui je suis blessé et je ne vais pas changer d'avis."
VF1 (AFP) : "Je pense qu'il y a une surcharge, mais j'aime bien jouer tous les trois quatre jours. Ma blessure ne me fait pas changer d'avis."
VF2 (Sport24) : "J'ai toujours clamé que j'aimais jouer tous les trois, quatre jours, ce n'est donc pas maintenant que je vais changer d'avis."
VF3 (Reuters) : "Il y a peut-être une petite surcharge de compétition, mais cela dit, j'aime jouer des matches tous les trois ou quatre jours et je n'ai pas changé d'avis aujourd'hui."

ETAPE 3 : GONFLER LES DÉCLARATIONS
La fonction du JSSF est de moudre du grain, mais aussi de pétrir la pâte et de faire lever le gâteau. En effet, s'il fallait ne compter que sur les réparties des footballeurs, les chroniqueurs seraient bien en peine.
Exemple 1 (Sportal, 11/07/01)
Thuram : "La Juve sans Zizou est aussi forte."
Texte original : "Changer de club est une chose normale dans la carrière d'un joueur. Mais je pense que même sans lui nous serons toujours une équipe forte."
Exemple 2 (Le Parisien, 03/03/2002)
Frédéric Déhu : "Il faut sanctionner M. Veissière."
Texte original : "Question : Selon vous, M. Veissière a-t-il été incompétent ce soir ? (…) il expulse Bernard Mendy pour des propos qui sont tout à fait corrects. Maintenant, il faut absolument améliorer le foot français en sanctionnant ce genre de dérives arbitrales."
Dans ce très bel exemple de raccourci, notez aussi l'emploi simultané de la technique de la question pousse-au-crime qui incite à une réponse polémique.

Ce sujet est très directement inspiré de la série "Le journalisme sportif en 12 leçons" des excellents Cahiers du Football : http://www.cahiersdufootball.net



FOOTBALL HOLOCAUSTE

Plusieurs dizaines de siècles avant la création de la L1, naissait en Amérique centrale et au Mexique, le plus ancien jeu de balle organisé.
La balle était issue de la sève d'un arbre à caoutchouc, dont on recueille le latex. Les premiers joueurs de balle connus, cinq siècles avant notre ère, sont d'ailleurs issus d'un peuple désigné sous le nom d'Olmèques, ("les gens du caoutchouc"). Le latex était malaxé, arrondi : il rebondissait bien, cela roulait même sans doute : les anciens Mexicains ne venaient pas d'inventer la roue, mais la balle, grand ancêtre du ballon.
Les parties de jeu de balle avaient lieu à dates régulières. Les peuples de Méso-Amérique avaient élaboré un calendrier qui rythmait les temps de l'année, les semailles, la saison sèche, l'intersaison. Le terrain de jeu de balle occupait une place centrale dans la cité, toujours à proximité d'une pyramide. Il était rectangulaire mais sa taille était très variable.
On ne pouvait toucher la balle qu'avec les articulations : coudes, épaules, hanches, peut-être aussi avec les cuisses. Pieds, mains et têtes étaient interdits. Deux équipes s'affrontaient. La balle ne devait pas toucher le sol.
Les joueurs portaient de lourdes ceintures de cuir pour amortir la balle ; ils avaient aussi des genouillères et des casques pour parer aux chutes fréquentes, souvent douloureuses, parfois mortelles : le joueur risquait tout pour toucher la balle ou la renvoyer, car elle ne devait en aucun cas toucher le sol. Elle devait rester en l'air car elle représentait les mouvements du soleil. Si elle tombait par terre, c'était le cycle des astres qui était bouleversé : le soleil disparaissait symboliquement. Comme la balle devait tout de même tomber souvent et que ces gens savaient compter, il y avait des scores, des indications chiffrées concernant chaque partie. Cela constituait des oracles, porteurs de présages, dont ils recoupaient le sens avec les conjonctures astrales. Les Olmèques du Golfe du Mexique, qui vivaient à l'époque des Grecs-en-toge-qui-réfléchissent, ont laissé de grosses têtes de trois mètres de haut, sculptées dans des blocs de granit. On pense qu'il s'agit de joueurs de balle casqués, les stars de l'époque.
Afin que le score de la partie de jeu de balle reste pour l'éternité, qu'il ait vraiment valeur d'oracle, l'usage voulait qu'on sacrifie au soleil un ou plusieurs joueurs. Sans sacrifice, le score n'était pas vraiment accepté, il pouvait y avoir contestation : la victoire était moins belle, la défaite moins honorable.
Mais on ne saura sans doute jamais si les joueurs sacrifiés en haut de la pyramide, ces sportifs de haut-niveau précolombiens dont on arrachait le cœur pour le montrer aux spectateurs rassemblés, étaient ceux qui avaient perdu la partie et qu'on traînait terrifiés vers la pierre du sacrifice, ou au contraire ceux qui l'avaient gagnée avec la rage de vaincre, qui avaient relancé la balle encore et toujours, avec la brûlante idée fixe d'aller rejoindre le soleil.