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L'Oeil électrique #29 | Photo / Perrache, derniers jours

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Par Erwan Haffner.
Photos : Erwan Haffner.

C'est une bande de terre étirée vers le sud, corsetée par deux fleuves - le Rhône à l'est, la Saône à l'ouest - qui se rejoignent à son extrémité pour courir ensemble se jeter dans la Méditerranée. A Lyon, on l'appelle "la Presqu'île". Mais ce terme désigne seulement la partie nord du territoire, celle des beaux quartiers, commerçants et résidentiels. Car sa partie sud, délimitée par le centre d'échanges de la gare de Perrache, sorte de gigantesque poste frontière, présente un tout autre visage. Depuis le début du dix-neuvième siècle, les différents pouvoirs politiques ont concentré là les activités indésirables (1) : l'implantation industrielle y a été encouragée dès le milieu des années 1820 ; l'arrivée du rail en 1832 a permis une meilleure exploitation des bassins houillers de la Loire ; le site a accueilli les prisons (Saint-Joseph en 1831, Saint-Paul en 1865), les abattoirs (1838), les entreprises de la chimie, le marché de gros (1961). Au fil du temps, le quartier s'est transformé en plate-forme logistique (gare centrale inaugurée en 1857, port Rambaud pour les marchandises en 1926), avec pour corollaire une faible vocation résidentielle, essentiellement ouvrière. Legs de l'histoire, Perrache est aujourd'hui un énorme nœud de communication. Transpercé par les voitures qui arrivent de l'autoroute de Paris et filent vers celle du Soleil, le centre d'échanges vomit aussi à longueur de journée son lot de trains, bus, métros et tramways. Tant décriés et bruyants, ses boulevards urbains, enterrés ou aériens, d'un béton sombre souillé par la pollution, ne manquent pourtant pas de charme. Ni ces entrepôts massifs, blocs géométriques qui jalonnent le port Rambaud, dont la désaffection - entamée dans les années 80 - n'a pas tué l'âme. Ce Perrache-là vit ses derniers jours : un vaste projet d'urbanisme, à la mesure de l'étendue du site concerné (jusqu'à 70 hectares), prévoit de "reconquérir" les terres en friche. Dans l'air depuis le début de la décennie 80, l'idée a survécu à la succession des édiles locaux. Raymond Barre (UDF, 1995-2001) en a tracé les grandes lignes, Gérard Collomb (PS, 2001-…) hérite aujourd'hui de la pelle et de la pioche. De ces travaux, envisagés dès 2004 et sur plus de quinze ans, émergera un univers consumériste, sous la forme policée d'un parc de loisirs (multiplexe de cinéma, commerces, bassin nautique) et d'un musée des Sciences à l'architecture futuriste, qui remplacera le boulodrome populaire à la pointe du confluent, sur le modèle du Guggenheim de Bilbao. Le sort des entrepôts du port Rambaud, lui, fluctue encore entre démolition et reconversion. La Générale Sucrière est au moins assurée de passer l'hiver, avec son immense grue métallique qui chargeait la douce substance, en surplomb de la Saône. Le bâtiment abritera la Culture - la Biennale d'art contemporain y prend ses quartiers cette année - mais résonne déjà de branchitude ; ces soirées de musiques électroniques et de vidéo expérimentale mêlées où, pour payer sa bière, il faut d'abord échanger ses euros contre des sucres, seule monnaie acceptée au bar improvisé. L'identité de ce futur quartier reste à faire ; celle du Perrache actuel ne sera bientôt plus qu'une mémoire photographique.

(1) Dernière en date, la prostitution, refoulée du centre par les arrêtés municipaux de 2002.

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