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L'Oeil électrique #4 | Graphisme / Frédéric Poincelet

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Par Morvandiau.

Graphiste maudit ? Poète introverti ? Artiste geignant dans les affres de la création ? La bourse ou la vie ? Fromage ou dessert ? Les étiquettes collent mal, et c'est tant mieux, sur un auteur au regard aiguisé.
Se prêtant avec à-propos, mais non sans une certaine ambiguïté au petit jeu de l'interview, Frédéric Poincelet brouille encore un peu les pistes : incisif, parfois sarcastique... On repartira comme on était venu, avec une foule d'interrogations.
On découvre ses dessins comme on avancerait dans un bâtiment désaffecté envahi par les ronces. Intrigué, à petits pas, car les broussailles ne rendent pas le chemin très facile, accrochant les vêtements et griffant le visage... On s'attarde sur la fine écriture, cherchant des indices dans les textes. Mystérieux indices qui fraient avec la poésie, la mort, la souffrance et la religion.
Quitte à sonder l'âme humaine, Frédéric Poincelet la sonde à la faux.

Tu développes un univers plutôt sombre, en empruntant la forme d'un carnet de bord ou d'un journal intime, avec des dessins datés et un texte manuscrit. Qu'est-ce qui t'intéresse dans cette manière de faire ?
Dater un dessin correspond à la volonté, malgré moi, d'être autobiographique. Je sais ainsi où et quand je suis. L'écriture est venue progressivement accompagner le dessin. J'en suis arrivé (amusé) récemment, à faire de la bande dessinée. Mon écriture, tout en paraissant abstraite, détachée du dessin, parle précisément de moi, tandis que le dessin réaliste devient plus flou dans sa signification. Ainsi, j'aime que les deux se conjuguent et se répondent pour rendre les choses moins claires, ne pas séparer les choses indissociables.

Peut-on avoir la volonté d'être autobiographique " malgré soi " ?
Cela correspond à la part de mystère et d'incompréhension que tu as toujours face à ton propre travail.

Tout en demeurant difficilement étiquetable, ton travail est aussi publié par des structures éditant de la bande dessinée contemporaine. Quel rapport entretiens-tu avec cette dernière ?
Mon travail est difficilement étiquetable du fait qu'on amalgame très facilement le dessin avec la bande dessinée, utilisation de principes proches, alors qu'on pourrait aussi bien le rapprocher de certaines tendances d'art contemporain, voir l'engouement récent pour la mise en scène de l'intime (par exemple).

C'est-à-dire ?
Comme l'écrivain a travaillé sur sa vie, de l'ordinaire à l'extraordinaire, comme l'art a travaillé sur le sens même de l'artiste en tant qu'œuvre d'art, la bande dessinée se découvre l'aventure extraordinaire et le terrain à explorer/exploiter de l'intime.
Journal intime, autobiographie-traficotée, introspection ou mise en scène de soi, tels sont les nouveaux chemins que s'offre la bande dessinée.
Cependant, le graphzine, qui n'a d'autre énoncé que le sien propre, demeure encore insituable. Mais j'aime depuis toujours la bande dessinée. J'ai commencé à dessiner grâce à elle, mais sans jamais en faire, puisque n'ayant rien d'autre que moi à raconter. Les choses se sont précisées grâce à la revue Ego comme X, à qui j'ai envoyé des planches un peu curieuses pour le lecteur classique, qui ont été publiées et pudiquement appréciées. Je travaille actuellement sur un projet plus long pour Ego comme X ; c'est la structure la plus pertinente concernant cette démarche de l'investissement narratif de sa personne, osant ce que le nouveau classicisme se refuse déjà, la peur de se raconter en prenant le biais de la fiction.

Le nouveau classicisme ?
Le retour au classicisme, après les classes d'expérimentation. La récupération et le changement de cap vers la convention.

Des exemples ?
Pourquoi rendre trivial en nommant, en donnant des exemples stériles et notables qui mettent à disposition un résumé des choses que je ne veux pas ?
Il faut s'intéresser au sujet, le connaître pour en déduire ses échecs... Je ne veux pas réduire le sujet, il faut l'aimer pour le critiquer.

Tu évoquais Ego comme X. Que penses-tu de l'édition indépendante en général ?
Elle n'existe pas cette indépendance. C'est un terme mal placé qui ne correspond guère à la topographie des lieux. L'édition est ce qu'elle veut être. On l'appelle indépendante : c'est juste un rapport face à darglonavendoueseuiloleilumano, aussi indépendants dans leur choix de publier une marchandise bédé, et qui assument plus ou moins (voir leur récente incursion dans l'essai indépendant). Mais c'est le choix de leur inculture de vendre de la daube en barre. Certains éditeur s'intéressent à un autre chemin, puisqu'ils sont aussi des auteurs. Ils ont chacun une direction, une politique à raconter et creusent ainsi leur chemin. Ego comme X, le Cheval sans tête, l'Association ou Fréon, chacun sa spécificité et son exploration. Il est vrai que cette notion de terrain à explorer est bien spécifique à ses structures, en opposition même avec le concept même de produit, fabriqué. Seuls les ignares feront les amalgames d'usage et tireront les leçons quant à la complaisance de ce ghetto créé par eux-mêmes.

Qu'est-ce que tu veux dire ?
Si le ghetto des indépendants et la certaine confidentialité de leur travail existe, elle est due aux carences et à la frilosité éditoriale des grands éditeurs, à l'inculture évidente du public et aux stéréotypes entendus sur la bédé. Mais toute cette idéologie est à gerber et beaucoup de choses à la base faussées : on ne panse pas une jambe de bois.

On retrouve souvent les thèmes de la mort, de la douleur et du sacrifice dans ton travail. Est-ce que tu vis habillé tout en noir dans une mansarde, à rogner des croûtons de pain sec ?
Pas du tout. J'aime la confiture avec mon pain frais et je m'habille jeune et coloré avec des t-shirts moulants bien caractéristiques de notre époque. Mais j'aime voir transpirer dans mon travail (pas dans mes t-shirts) quelques situations désagréables ou religieuses. Il ne faut pas confondre la vie et son travail ; mon travail n'est pas la vie. Revois pour l'exemple Les demoiselles de Rochefort : c'est d'une tristesse et d'une gaieté dont on ne se remet pas.

Tu associes la religion au désagréable ?
Non. Ce sont deux choses bien distinctes dans mon discours. La religiosité n'est que l'état de béatitude de mon travail, sur lequel vient se greffer le désagréable, le doute.

Pourquoi, dès lors, greffer le désagréable sur la béatitude ?
On parle dans son travail de ce que l'on a en nous, de notables choses qui traînent et demandent à s'illustrer, une sorte de bouillonnement à gratter, les croûtes de notre culture, quelques questionnements religieux (la béatitude) et notre matérialité font partie de ces chemins que je me veux de gratter. Tout ceci est une question de démangeaison.

Tu diriges Lune Produck, une structure d'édition indépendante. Comment concilies-tu tes activités d'auteur et d'éditeur ?
Très mal. Je suis lent pour l'édition, et les livres trop longs à faire. Se scinder n'est pas évident, il faudrait que chaque journée soit double pour s'y consacrer entièrement, que ces deux fonctions soient bien dissociées.
Ces livres, je les fais pour moi. C'est un peu la bibliothèque indispensable que je ne regarde jamais. Il me suffit de savoir que ces livres existent pour être rassuré.

Y a-t-il des auteurs et dessinateurs que tu aurais publié sans condition ?
Personne. Il ne faut laisser à personne la pleine responsabilité de son travail. C'est sur un autre type de sensibilité que ces besoins d'édition se font : la rencontre, surtout pas par envie mais par nécessité. Pour être simple, il n'y a personne que j'aimerais absolument éditer.

Quelles sont tes autres sources d'influence ?
Je n'ai plus aucune influence. J'aime trop de choses et m'y intéresse trop pour les laisser me bouffer, moi et mon travail (il doit bien rester quelques trucs deci-delà, que je ne sais même plus voir). Les choses que j'aime ne m'influencent pas : Sempé, Chas Adams, les illustrateurs américains pour enfants des années 50-60. Il ne faut pas confondre ses goûts et son travail. Ce que l'on a à raconter vient d'ailleurs, hors des goûts et des valeurs.

D'où cela vient-il donc ?
Je n'en sais rien. Là est le miracle de ce que l'on ignore et de ses certitudes.

Affirmer que l'on n'a plus aucune influence, c'est très présomptueux...
Je suis dans mes réponses volontairement présomptueux. Je peux être en particulier influençable, mais l'absolu ne le doit pas. Il ne faut pas, si l'on veut vraiment parler, le faire en toute simplicité, mais être prétentieux dans ces buts à atteindre, ne pas se cacher la prétention que tout auteur a mis en lui et son travail s'il choisit de parler.

Ton Livre de prières vient de paraître chez Amok, éditeur qui soigne particulièrement le livre en tant qu'objet. Qu'en est-il de votre relation auteur/éditeur ? Le choix d'un bel ouvrage sérigraphié fait-il partie de ta démarche ? Comment se font les choix éditoriaux ?
Je n'ai pas une démarche précise qui me dirige vers telle ou telle envie de livre. Bien au contraire, j'aime travailler dans des collections, des concepts existants, les voir fonctionner et proposer ainsi par rapport à tel ou tel support mon propos... m'adapter à la chose et parler grâce à elle.
Pour Amok, ils m'ont proposé de faire un livre dans la collection Espèces que Atak avait inaugurée. Sentir une collection et ainsi se retrouver libre de parler comme on l'entend. Quant à mes choix éditoriaux, ce sont des rencontres. J'ai très rarement fait le premier pas. C'est à l'éditeur de découvrir, pas à l'auteur de se faire découvrir). Un travail en déclenche un autre, une rencontre une autre... enfin je l'espère.

Et alors, la suite ?
Périr, le cœur et le foie dévorés par les crabes, jusqu'à ce que nos et mes péchés d'orgueil nous soient pardonnés. Je n'aime pas parler de la suite... Tuer l'ours avant d'avoir vendu la peau me rend malade. Déjà, me faire écrire une bibliographie est d'une indécence... mais pardonnons-nous nos délices.

Tuer l'ours avant d'avoir vendu la peau ?
Oui, oui, c'est une vieille méthode.


Le livre de prières
Frédéric Poincelet poursuit son introspection, mettant en scène ses proches et lui-même, dans un superbe ouvrage sérigraphié or et argent (format carré 29 x 29) paru dans la collection " Espèces " des éditions Amok.
Sous-titré " 11 prières, 11 flammes à pétrir ", on retrouve dans ce carnet de bord poétique les thématiques chères à l'auteur : la sexualité, le péché et la peine, mais aussi quelques poupées, Spiderman, et un chat aussi flippant que drôle.
Si son prix (220 francs) peut paraître élevé quand on a la tête froide, saoulez-vous et faites un chèque, sa lecture remédiera à votre gueule de bois.

Quelques livres remarquables édités par Frédéric Poincelet parmi la quarantaine publiée
Le plus heureux des hommes, Sébastien Morlighem, 1995
Rongo Rongo, le mystère des dieux, de Eugène Kérozen, 1995
C'est pas toujours bien ressemblant, de Donato Di Nunno, 1996
Papa va venir, de Fabrice Poincelet, 1996
Le jardin botanique, de Anne-Laure Draisey, 1996
Die Puppe, de Nuvish Mircovitch, 1997
On parle de remplacer le mort par un qui bouge, de Franck Garcia, 1998
Les bonshommes de l'existence, de Sébastien Morligheim, 1998
La piscine scientologique, de Léo, 1998
Éditions Art contemporain, 89, rue de Ménilmontant, 75020 Paris

Quelques participations, apparitions et autres trucs notables de Frédéric Poincelet
Le Dernier Cri, n° 1 à 10, 1993-1995, des images deci-delà
Hôpital Brut (Le Dernier Cri)n°1 à 3, 1997-1998, des images deci-delà
Le Cheval sans tête (Amok) n°2, 1996, 7 pages
Stronx, 1997, 7 pages
Ego comme X n°5, 1997, 18 pages
Ego comme X n°6, 1998, 17 pages

Quelques livres notables de Frédéric Poincelet
Hors d'œuvre, La Pomme de Discorde, 1991, 16 pages
Un père pas très compréhensif, S2 l'art ?, 1991, 64 pages
Horrible animal, LUNE produck, 1991, 52 pages
Des filles à la tête d'argent, LUNE produck, 1991, 18 pages
Le père, LUNE produck, 1993, 52 pages
Art contemporain, LUNE produck, 1993, 44 pages
Microbes, Hongoa Roa, 1994, 16 pages
True Crime, La Pomme de Discorde, 1991 édité en 1997, 24 pages
Inter gala, La Pomme de Discorde, 1992 édité en 1997, 20 pages
Elle se sent bien trop pâle, Le Dernier Cri, 1994, 24 pages
D'avance merci, Le Dernier Cri, 1997, 14 pages
Au Mexique, Par amour, 1997, 32 pages
Livre de prières, Amok, 1998, 26 pages

Amok - 26bis, rue George Sand, 92130 Wissous
Le Dernier Cri - 38, rue Flégier, 13001 Marseille
Ego comme X - 5, rue Massillon, 16000 Angoulême