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L'Oeil électrique #8 | Photo / Michael Ackerman

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Par Lionel Boscher, Marie Brazilier, Romain Guillou.
Photos : Lionel Boscher.

Récemment reconnu pour son travail sur Bénarès, avec la publication du livre End time City (Nathan/Delpire) et le prix World Press Photo Masterclass en 97, Michael Ackerman explore sa ville, New York, depuis 1990. Autodidacte, il se lance au coeur de la cité pour en restituer une vision hallucinante, sombre et violente. Dans la lignée de Walter Evans, Robert Frank, William Klein et Garry Winogrand, Ackerman affirme une autre façon de voir, de représenter et d’interpréter. Il transgresse les règles photographiques (mise au point, cadrage…), n’hésite pas à utiliser des formats de prise de vue différents, en travaillant vite, à l’instinct, dans l’urgence. Dès qu’il commence à parler, on devine tout ce que le personnage a de mystérieux. En même temps, le calme et la douceur de sa voix sont pénétrants. Evasif, détendu et sauvage à la fois, Ackerman semble pouvoir créer une atmosphère où les contraires s’effleurent.

Vous aviez sept ans en arrivant à New York. Quelle a été votre première impression ?
J’étais émerveillé. Mon père est venu me chercher à l’aéroport dans une immense voiture, dans laquelle on aurait pu vivre. J’étais sûr que c’était la sienne, mais j’ai découvert plus tard qu’un de ses amis la lui avait prêtée !

Et quand vous êtes arrivé dans le centre ?
J’étais partagé entre deux sentiments. Les gratte-ciel m’impressionnaient, cela m’obsédait. En même temps, le chaos de la ville m’effrayait… En fait, j’étais d’une nature peureuse… Depuis, je me suis réconcilié avec ces angoisses.

Avez-vous étudié la photographie ?
Je suis allé au lycée, puis dans une université à 3 heures de New York. Mais j’ai laissé tomber, j’étais dans l’urgence de prendre des photos. Je suis retourné à New York pour photographier à plein temps. Je trouve que l’enseignement de l’art photographique est inutile. Enfin, ce que je dis est extrême, j’ai des amis à Paris qui sont dans des écoles d’art et j’aime beaucoup ce qu’ils font, je les apprécie vraiment, et leur environnement est propice à la création. Mais les écoles peuvent aussi être très néfastes, elles chaperonnent trop… Je crois que la seule façon d’apprendre, c’est de pratiquer par soi-même. Personne ne peut rien t’apprendre. Pour moi, les écoles sont trop contraignantes, comme si t’avais un patron.

Comment travaillez-vous ?
La plupart du temps, je marche dans la rue, je travaille rapidement, c’est très spontané. Jusqu’à présent, j’ai toujours fonctionné comme ça, mais maintenant, j’essaie de ralentir les choses, je retourne parfois dans un endroit que je connais où il n’y a généralement personne.

Dans ce cas, avez-vous une idée de ce que vous allez prendre ?
De l’émotion qu’il va y avoir oui, de la photo non. Parce que la photo doit surprendre.

Pourtant, il semble y avoir le thème récurrent de la mort dans vos photos, tout spécialement dans celles de Bénarès ?
Oui et non. C’est juste un des éléments. Vous pourriez tout aussi bien y voir l’amour, la pluie, ou n’importe quelle autre notion essentielle.

Quelles sont les relations que vous avez avec les gens que vous photographiez ?
Je crois que dans l’ensemble, je n’en ai pas ! Il n’y a pas vraiment de relation physique. Je crois que c’est plutôt en moi.

Et ça crée parfois des problèmes ?
Toujours !

Où avez-vous eu plus de problèmes ? En Inde ou à New York ?
New York a une atmosphère plus hostile, les gens y sont paranoïaques. En Inde, c’est le contraire. Tout le monde veut se faire photographier… C’est difficile de ne pas se faire remarquer… Dans un sens, à New York aussi… Prendre une photo est un véritable défi. Dans les grandes villes, on sent quand quelqu’un nous regarde. Et moi, je fixe beaucoup, les gens s’en aperçoivent, mais je le fais tellement naturellement que je ne m’en rend pas compte.

Vous n’avez pas l’impression de les voler ?

Non, ça ne les concerne pas en tant qu’individus. Je ne photographie pas une prostituée simplement pour montrerson statut de prostituée. Je ne veux pas juger. Mais bien sûr, ça les concerne forcément puisque sans eux, il n’y a pas de photo. C’est assez contradictoire. C’est comme mon travail sur Bénarès qui ne se limite pas à Bénarès : ce n’est pas un guide... ce n’est pas de l’information, c’est quelque chose de plus essentiel, de plus profond. Car les sentiments que l’on trouve chez une personne se retrouvent quasiment chez tout le monde. Sous cet angle, je ne vole rien à personne, il n’y a aucune injustice à montrer les sentiments de tout le monde.

Avez-vous déjà essayé de le leur expliquer ?
Une ou deux fois… Mais quand quelqu’un à Time Square me dit : "Casse-toi ou j’te tue" je crois qu’il n’a pas vraiment envie d’écouter mes explications !

C’est étrange d’apprendre que les gens vous remarquent, alors qu’on vous croirait invisible d’après certaines de vos photos…
On ne peut pas parler d’invisibilité, ça n’existe pas ! Je pense plutôt que ça vient du fait d’être dans la rue, présent physiquement dans la masse… Le tout, c’est de ressentir les choses : l’émotion et le physique vont de pair.

Alors vous ressentez une émotion particulière lorsque vous prenez des photos ?
Bien sûr ! Je ne suis pas un robot ! Mais je ne peux pas dire exactement ce que je ressens. Je ne sais pas si je recherche une émotion ou si je prends des photos parce que je l’ai déjà en moi.

Pourquoi avoir choisi la France pour exposer ?
Tout d’abord, parce que mon agence (VU) est française. C’est aussi dû aux relations que je me suis faites ici, qui sont très fortes. C’est vraiment une expérience nouvelle de présenter autant d’expositions, d’être en contact avec des gens qui s’intéressent à ce que je fais… La France en elle-même, je ne pense pas encore la connaître, je n’ai jamais vraiment vécu ici. Et je n’ai pas encore pris beaucoup de photos car je ne me retrouve pas souvent seul…

Etes-vous connu aux Etats-Unis ?
A New York seulement… Mais je ne sais pas si on peut dire que je suis vraiment connu, pas comme ici en tout cas. Il y a une grande tradition d’artistes américains qui viennent ici pour se faire publier : Henry Miller, Robert Frank, William Klein… C’est un cliché bien sûr de dire que les Français apprécient l’art, mais il y a un certain soutien de la part des institutions et du gouvernement. Et les gens, d’après moi, semblent avoir un regard différent. Ils ne regardent pas votre travail en disant : "Oh, qu’est-ce que vous nous montrez, New York ?", ou alors "Tiens ! ça c’est Bénarès !". D’une certaine manière, ils comprennent que c’est plus qu’une simple représentation, que c’est plus que ça…