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L'Oeil électrique #10 |

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Omar Khayyâm : Quatrains - Robaïyat
1047, Mille et une nuits

Mille années ont passé déjà, le poète a disparu dans cette éternité qu'il s'attribue si adroitement "Lève-toi, nous avons l'éternité pour dormir" et nous sommes, nous autres, à l'orée de l'hiver, penchés sur ses vers flamboyants, éthyliques et sagaces. Tout au long de sa vie, Omar Khayyam, érudit perse, tenant d'Avicenne, mathématicien, astronome et buveur vertigineux, livre à ses amis, au cœur du Khorassan, sur la terrasse de sa demeure à Nichapour, autant de victuailles que de poèmes concupiscents. Amateur immodéré de femmes, de paresses et de soûlographies, le poète nous gargarise de ses meilleures intuitions en raillant dogmes et arbitraires à l'aide d'une vitalité goguenarde qu'il va chercher en lui-même, dans sa passion effrénée et inerte du festin. De même, badinant à souhait, il ose clamer (au risque de voir sa tête s'en aller rejoindre les eaux d'un quelconque fleuve perse) cette foi sacrilège de la bonne chère, de l'amour du vin, fallait-il qu'il fût bon, et de la belle… tout en se vautrant sur une pelisse religieuse insolite (la foi, pour le poète, reste cet artifice qui soustrait l'individu aux questions spéculatives d'ordre moral) qui oscille du tragique à l'insouciance. Cette bravoure (pour son époque) à laquelle il attache une importance originaire demeure (et là constitue son blasphème) avant tout liée à la gloire d'un présent grotesque, à la jouissance des sens et l'assouvissement des désirs.
Khayyam, en sultan de l'oisiveté, emmène le ballet des jouisseurs vers la félicité de l'indolence et révèle au lecteur, le palais encore lourd des saveurs d'un vin de nébid, cet empire des va-nu-pieds en le régalant d'un vers outrancier et fin, sceptique et fataliste aussi, étrange recette d'un Rabelais oriental à la fois je-m'en-foutiste et essentiel, joyeux et las. "Ce que je veux, c'est une goutte de vin couleur rubis, un livre de vers, et la moitié d'un pain, assez pour soutenir la vie." Ainsi entend-il la sienne.

EXTRAIT

Robaï CVII
Où donc est la limite de l'éternité à venir ou celle de l'éternité passée ?
C'est maintenant l'heure de la joie, rien ne remplace le vin.
Théorie et pratique sont au-dessus de ma portée,
Mais le vin dénoue le nœud de toute énigme.

Robaï XXXIX
Le vin est un rubis liquide, et la coupe
En est la mine,
La coupe est le corps dont le vin est l'âme.
La coupe de cristal où rit le vin
Est une larme dans laquelle est caché le sang
Du cœur.

Robaï CLV
Tant que j'aurai un peu de pain
A portée de ma main,
Une gourde de vin et un morceau de viande,
Et que nous pourrons tous les deux
Nous asseoir dans la solitude,
Aucun sultan ne m'aura pour convive
Dans ses plus somptueux festins.

Robaï XXXVI
Bois du vin... c'est lui la vie éternelle
C'est le trésor qui t'est resté des jours
De ta jeunesse :
La saison des roses et du vin,
Et des compagnons ivres !
Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie.

Robaï CXXVII
Boire du vin et étreindre la beauté
Vaut mieux que l'hypocrisie du dévot ;
Si l'amoureux et l'ivrogne sont voués à l'Enfer,
Personne, alors, ne verra la face du Ciel.