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L'Oeil électrique #10 |

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4livres

Richard Brautigan : Mémoires sauvés du vent
1982, 10/18

Dans ce livre, c'est un narrateur adulte qui nous raconte l'histoire d'un garçon de douze ans, qui n'est autre que lui-même. Il retrace le chemin qu'il prenait, de chez lui, pour se rendre à un étang, qui se trouvait à l'autre bout de sa petite ville de campagne. Ses souvenirs nous sont rapportés de vive voix ; il nous confie ses aventures, ses collectes de bouteilles vides pour récupérer les consignes, son goût macabre pour les enterrements, son amitié, tenue secrète, avec David, l'espoir de son collège… et puis son homicide involontaire lors d'une partie de tir à la carabine sur des pommes. Persuadé qu'il aurait dû acheter un hamburger au lieu de la boîte de balles dont l'une tuera David, notre héros cherche sa Rédemption en partant à la quête du satori des hamburgers. Il interviewe alors bouchers, cuistots, fabriquants de petits pains, lit tous les ouvrages consacrés au sujet, et traque même des allusions à ce plat dans la Bible. Il nous révèle finalement qu'il avait même trouvé un nom pour le film de sa vie : Le cimetière aux hamburgers.
Avec Brautigan on est proche de l'absurde, comme, entre autres, avec cette scène de dialogue entre le personnage principal et Superman ou encore avec ce couple qui, on ne sait pourquoi, vient pêcher avec leur meubles autour d'eux. Avant le sens, c'est l'esthétisme du style et des situations décrites qui prime. Un petit côté zazou (Vian et Cie), une pincée de surréalisme, une écriture fluide et directe : c'est à coup sûr une façon intéressante d'appréhender l'Amérique des petites villes, celle qui n'apparaît que caricaturée au cinéma, et qui est absente des brochures touristiques. C'est un peu celle de Sherwood Anderson, sur l'enfance passée au milieu des personnages déviants et inquiétants de la campagne, mais cinquante ans plus tard.

EXTRAIT

J'ignorais, cet après-midi-là, que la terre attendît de se changer à nouveau en tombe quelques brèves journées plus tard. Dommage que je n'aie pu arrêter la balle dans sa course et la remettre dans le canon de la 22 long rifle pour qu'elle en reparcoure en sens inverse la spirale, réintègre le chargeur et se resolidarise avec la douille, se conduise enfin comme si on ne l'avait jamais tirée ni même chargée dans la carabine.
Je voudrais bien que cette balle rejoigne dans sa boîte ses quarante-neuf autres frères et sœurs balles, que la boîte soit de nouveau en sécurité sur l'étagère de l'armurerie, et m'être contenté de passer devant la boutique en cet après-midi pluvieux de février sans jamais y pénétrer. Je voudrais bien avoir eu envie d'un hamburger au lieu de balles. Il y avait un restaurant tout à côté de l'armurerie. On y faisait de très bons hamburgers, mais je n'avais pas faim.
Je songerai à ce hamburger le restant de mes jours. Je serai assis là, au comptoir, à le tenir dans mes mains ; des larmes me couleront sur les joues. La serveuse se sera détournée parce qu'elle n'aime pas voir pleurer les gosses qui sont en train de manger des hamburgers et qu'en plus elle ne veut pas me gêner.