Warning: mysql_num_rows(): supplied argument is not a valid MySQL result resource in /mnt/153/sda/7/9/oeil.electrique/php/en-tetes.php on line 170
L'Oeil électrique #17 |

> C’EST BEAU LA VIE
+ Les toilettes

> SOCIÉTÉ
+ Le grand sommeil
+ Minirezo.net & Uzine2
+ Nous sommes tous des hooligans

> BANDE DESSINÉE
+ Willem

> LITTÉRATURE
+ La mémoire du polar

> VOYAGE
+ Derrière la tasse de café
+ Finlande

> MUSIQUE
+ Gunter Muller

> 4 LIVRES : PAYS NORDIQUES
+ Tove Jansson : Le Livre d’un été
+ Arto Paasilinna : Le Meunier hurlant
+ Knut Hamsun : La Faim
+ Torgny Lindgren : Le Chemin du serpent

> BOUQUINERIE
+ Jean Hatzfeld : Dans le nu de la vie, Récits des marais rwandais
+ François-Xavier Verschave : France-Afrique, le crime continue
+ Guy Debord : Rapport sur la construction des situations
+ Serge Latouche : La Planète uniforme
+ Angelika Taschen : Leni Riefenstahl - Cinq Vies. Une biographie en images
+ Marjane Satrapi : Persopolis

> NOUVEAUX SONS
+ Medeski, Martin & Wood : The Dropper
+ Pascals : Pascals
+ Cheval de frise :
+ Noël Simsolo : La Nouvelle Vague
+ The Fall : The Unutterable
+ Kyu : Voxyca
+ Puffball : The Super Commando
+ The Married Monk : R/O/C/K/Y

> PLATES-FORMES
+ Amok éditions

> REVUES
+ L’écologiste

> ACTION
+ Survie

4livres

Arto Paasilinna : Le Meunier hurlant
1981, Denoël
Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.

Arto Paasilinna est né en 1942 en Laponie finlandaise, pendant l'exode provoqué par les deux guerres contre l'URSS. Entre 1939 et 1945 ce territoire sera successivement sous domination soviétique, puis infesté par le troisième Reich, avant de retrouver son état initial. C'est le moment que choisit Gunnar Huttunen pour immigrer dans un petit village du Nord, afin de retaper un moulin. Tant qu'elle est profitable aux intérêts des habitants, l'arrivée d'un nouveau venu ne dérange pas. Cependant le meunier, en plus de son caractère imprévisible et fantaisiste, a un vilain défaut : A la moindre contrariété, il se soulage en hurlant à la pleine lune. Ne pouvant plus dormir, les habitants s'efforceront dès lors de se débarrasser de lui par tous les moyens.
Grâce à une écriture fluide parsemée de petites touches d'humour, ainsi qu'à une construction narrative proche de la littérature orale, Paasilinna explore un thème qui lui est cher : la place de l'individu dans une société normalisée. Afin de démontrer l'austérité morale et le conservatisme qui caractérisent souvent certaines petites communautés, il introduit au sein de l'une d'entre elles un homme inoffensif dont le seul tort est de ne pas réprimer ses instincts. Cette liberté implique une remise en question insupportable chez les villageois qui choisissent alors de se réfugier dans leurs comportements les plus primaires, les plus cruels. Sans s'en apercevoir, ils deviendront les véritables victimes de leur intolérance. En fait, l'épanouissement personnel ne semble possible que dans la nature, loin de la société des hommes. Le héros en fera la découverte en subissant un exil forcé aux allures de parcours initiatique qui mettra en valeur sa profonde humanité. En étirant ce récit jusqu'à lui donner une dimension symbolique, voire fabuleuse, l'auteur renforce la proximité avec le lecteur et confirme au passage sa brillante capacité à allier tradition populaire et modernité littéraire.

Jérôme Thiébault.

EXTRAIT

La vie de Gunnar Huttunen était arrivée à un sinistre tournant : il n'était plus qu'un meunier sans moulin, un homme sans logis. Les humains l'avaient exclu et il s'était exclu de leur société. Qui sait combien de temps il devrait éviter les villages des hommes. Huttunen, assis au bord du ruisseau, solitaire, écoutait le chant du torrent où, dans la fraîcheur de la nuit d'été, coulait l'eau d'une source lointaine. Il songea que s'il avait souffert d'une tumeur à la poitrine, on l'aurait laissé vivre en paix, on l'aurait plaint, aidé, laissé subir son mal au milieu de ses semblables. Mais comme son esprit était différent de celui des autres, on ne le supportait pas, on le rejetait à l'écart de toute vie humaine. Il préférait pourtant cette solitude aux barreaux de la chambre d'hôpital où seuls l'entouraient de pauvres hères dépressifs et asthéniques.
Une truite, ou peut être un ombre, sauta dans la rivière obscure. Huttunen tressaillit, le rond dans l'eau passa devant lui en se brisant, se fondit dans le courant ; il lui vint à l'esprit qu'il ne mangerait désormais plus de pain ni de lard, comme quand il était meunier. Il devrait vivre de poisson et de gibier.
Huttunen toucha l'eau fraîche de la main et s'imagina être une truite de rivière, d'un kilo au moins. Il se vit nageant dans le ruisseau, remontant le courant ; il ondula et se faufila entre les pierres dans l'eau peu profonde, se reposa un instant dans le contre courant d'un rocher enrobé de mousses, battit des nageoires, ouvrit ses branchies, brisa la surface de l'eau de sa gueule pour reprendre aussitôt sa nage, se propulsant d'un coup de queue. Le flot bourdonna aux ouïes de Huttunen tandis qu'il remontait plus haut le ruisseau nocturne. Mais il eut bientôt envie d'une cigarette et, cessant pour cette fois de faire le poisson, il repensa à sa vie.