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L'Oeil électrique #17 |

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Knut Hamsun : La Faim
1890, PUF (Le Livre de poche)
Traduit du norvégien par Georges Sautreau.

Ecrit il y a plus d'un siècle (la première édition norvégienne datant de 1890), La Faim reste par la virulence de son personnage principal et par le style dont Hamsun fait usage un texte étrangement contemporain. Orgueilleux, méprisant et misanthrope, le journaliste narrateur de La Faim est un cousin éloigné de l'Arturo Bandini de Demande à la Poussière. Tous les deux persuadés d'être des écrivains virtuoses dont on ne reconnaît pas le talent, puis soudainement en proie au doute, ils nous offrent des monologues intérieurs d'une dureté incroyable sur le monde qui les entoure et sur eux-mêmes. Hamsun, comme John Fante plus tard, joue à merveille des dualités internes de son personnage et crée par là même un texte cruel et drôle : il n'épargne aucunement son pauvre hère en mettant sa pensée et ses ambiguïtés à nu. Et même si c'est la faim qui meut notre personnage, et que Hamsun a choisi ce titre, elle n'est qu'un des prétextes, comme tous les événements qui se déroulent dans le texte, pour suivre le cheminement trouble de l'esprit humain. Quant au héros de La Faim, il ne peut laisser le lecteur indifférent tant il agace par sa grandiloquence et attriste par sa misère.
Si l'histoire n'a pas pris une ride en plus de cent ans, le style n'est pas en reste non plus : des phrases courtes, plutôt informatives que descriptives, une écriture très proche de celle qu'ont développée nombre d'auteurs américains contemporains. Knut Hamsun, génie visionnaire ? Sans doute pas, vu le caractère obsolète et la qualité inférieure de certains de ses autres textes et une triste sympathie qu'il se découvrira pour les nazis. La Faim, elle, reste une oeuvre novatrice et intemporelle, véritable pierre angulaire de la littérature d'introspection.

EXTRAIT

Je me percevais moi-même comme un insecte à l'agonie, saisi par l'anéantissement au milieu de cet univers prêt à s'endormir. En proie à d'étranges terreurs, je me levai et fis quelques pas rapides dans l'allée. Non ! criai-je, en serrant les poings, il faut que tout cela finisse ! Je me rassis, repris mon crayon, décidé à mettre à exécution mon idée d'article. Ce n'était pas le moment de s'abandonner, quand on avait devant les yeux l'image du terme impayé.
Lentement, mes pensées commencèrent à s'enchaîner. Je les suivais attentivement et j'écrivis paisiblement, avec pondération, quelque chose. Cela pouvait être le début de n'importe quoi, une relation de voyage, un article politique, ce que bon me semblerait. C'était un très bon début pour bien des choses.
Je me mis ensuite à chercher une question déterminée que je puisse traiter, un homme, une chose sur quoi me jeter, mais je ne pus rien trouver. Au milieu de ces stériles efforts, le désordre commençait à revenir dans mes pensées, je sentais littéralement des ratés dans mon cerveau, ma tête se vidait et finalement elle était sur mes épaules, légère et dépourvue de contenu. Je percevais avec tout mon corps ce vide béant de ma tête, je me faisais à moi-même l'effet d'être évidé de haut en bas.
"Seigneur, mon Dieu et mon père !" criai-je dans ma douleur et je répétai cet appel plusieurs fois de suite sans rien ajouter. Le vent bruissait dans les feuilles, un orage se préparait. Je restai encore un instant à fixer désespérément mes papiers, puis je les pliai et les mis lentement dans ma poche. Le temps fraîchissait et je n'avais plus de gilet ; je boutonnai ma jaquette jusqu'au cou et fourrai les mains dans les poches. Puis je me levai et partis.