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L'Oeil électrique #17 |

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Bouquinerie

Jean Hatzfeld : Dans le nu de la vie, Récits des marais rwandais
Editions du Seuil, 236 pages, 115 francs

Rwanda, 1994 : du 11 avril au 14 mai, des factions hutus ont, systématiquement, méthodiquement, quotidiennement et à heure fixe, exterminé toute personne tutsi qui tombait sous le tranchant de leurs machettes. De ce génocide il reste des survivants. Cassius, Angélique, Innocent : à Jean Hatzfel, grand reporter pour Libération, mais ici humble auditeur, ils racontent posément ces journées passées dans les marais fétides ou accroupis dans un taillis, ravalés à l'état de bête traquée, prête à tout pour vivre encore un peu. Lire ces témoignages rappelle Primo Lévi qui dans Si c'est un homme, analyse cette perversité du génocide rognant votre humanité : peu de suicides dans les camps explique-t-il, car un être humain se suicide, pas un animal. Au Rwanda aussi les hommes ont voulu survivre, oubliant jusqu'à leurs proches tant l'instinct de fuite les harcelait. Mais une fois le danger passé il faut affronter la culpabilité d'exister, il faut honorer ses défunts, et laisser la poignante nostalgie faire office de présent. Presque tous évoquent le passé, riant et idéalisé, pour mieux mettre en valeur l'aujourd'hui amer. Littéralement hantés, habités par les images des massacres, ils peinent à comprendre cette barbarie.
Jean Hatzfel, avant de céder la parole à tous ceux qu'il a écoutés, présente sobrement chacun de ces rescapés, dans une posture quotidienne, secondé par Raymond Depardon pour les photographies. S'effaçant véritablement pour nous laisser seuls avec leurs récits, leur langage franco-rwandais qu'il a précieusement conservé, il accomplit une œuvre de mémoire, un acte d'historien autant que de reporter. Surtout il cède la place à l'incrédulité renouvelée que creusent en nous ces paroles de "revenants" : comment l'homme, citoyen anodin, se transforme-t-il en assassin assidu ? D'Auschwitz à Nyamata, l'interrogation demeure.