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L'Oeil électrique #22 |

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4livres

Philip K. Dick : La vérité avant dernière
1964, Robert Laffont (10/18)
Traduit de l’américain par Alain Dorémieux.

Des humains cyniques ont pris le pouvoir, sous l'égide d'une infâme créature mutante nommée Brose. Ces humains appelés "Yancees" se partagent le nouvel espace avec les Soviétiques : vieux ennemis que des intérêts communs rapprochent. Entre ces deux forces a eu lieu la troisième guerre mondiale. Nous sommes au début du roman, bien après la fin du conflit mais l'élite, pour pouvoir conserver ses privilèges, a fait enfouir sous terre la majorité de l'humanité, réduite à poursuivre un imaginaire et fantoche effort de guerre : fantoche puisque le conflit est en réalité achevé depuis belle lurette. Cette gigantesque duperie est rendue possible par une manipulation des médias et son pendant : la falsification de l'Histoire. Ainsi fait-on croire aux peuples, par l'intermédiaire de documentaires-fleuves, que la seconde guerre mondiale a en fait pour responsables les Anglais, et que Hitler aurait été soutenu par les Américains pour éviter à tout prix une victoire de Staline… Cette humanité désinformée est également exploitée : les individus privés d'air, de végétation, de ciel et de mer vouent le plus clair de leur temps à fabriquer des robots vaguement humanoïdes, lesquels sont chargés d'assurer la sécurité de l'élite restée sur terre, c'est-à-dire, conditionnés pour éliminer toute tentative de révolte ou de résistance chez ceux-là même qui les ont conçus...
Est-il encore besoin de présenter Philip K. Dick, auteur prolifique et néanmoins de qualité, véritable gourou d'un genre, la SF, qui par ailleurs ne compte plus ses productions médiocres ou bâclées. Dans La Vérité avant dernière, même si l'on n'est pas sensible - c'est mon cas ! - à l'attirail pseudo scientifique et au vocabulaire truffé de néologismes, dont d'ailleurs Dick n'abuse pas, on trouvera de l'intérêt à la description d'une société nouvelle, dominée par une élite ayant tout confisqué aux dépens de peuples transformés en termites esclaves. Habilement, l'auteur évoque l'instauration d'une Histoire officielle (les développements sur les "vrais" enjeux de la seconde guerre mondiale fascinent, malgré leur côté fantaisiste) qui prend tous les oripeaux de la Vérité. Vous, lecteurs de 2001, qui êtes aussi téléspectateurs, vous qui savez que dérives propagandistes et désinformation institutionnalisée ne sont pas des vues de l'esprit, laissez-vous caresser la paranoïa dans le sens du poil !

EXTRAIT

"Sourberry, au moment où Adams avait arrêté la visionneuse pour s'octroyer un répit, s'apprêtait à démontrer un fait remarquable : un rapport entre deux scènes séparées dans l'Histoire par plus de vingt années. Le blocus anglais de 1919 et les camps de concentration peuplés de squelettes ambulants aux vêtements rayés en 1943.
C'étaient les Anglais qui avaient provoqué Buchenwald : telle était l'Histoire révisée selon Gottlieb Fischer. Les Allemands n'y étaient pour rien. Une scène ultérieure du documentaire A montrait les habitants de Berlin, en 1944, chassant dans les bois autour de la capitale et cueillant des orties pour en faire la soupe. Les Allemands à cette époque mouraient de faim ; l'Europe continentale tout entière, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur des camps de concentration, mourait de faim. Tout cela à cause des Anglais. Tout devenait très clair, une fois que ce thème avait émergé ; et il se poursuivait ensuite au long des vingt-cinq épisodes adroitement assemblés. C'était là l'histoire "définitive" de la Deuxième Guerre Mondiale…tout au moins pour les populations de la Dém-Ouest.
Oui, pourquoi continuer à visionner ? s'interrogea Adams qui fumait toujours sa cigarette, tout en tremblant de fatigue musculaire et mentale. Je sais ce que démontre le film. Que Hitler était un émotif sujet à des sautes d'humeur et à des accès de rage (…) Il faut pardonner à un génie d'envergure mondiale ses excentricités. Et si, à la fin, Hitler était poussé à la psychose et à la paranoïa, c'était à cause du refus des Anglais de comprendre, d'admettre, que la véritable menace qui se profilait à l'horizon était celle de la Russie stalinienne (…) Mais en fait - et d'un épisode à l'autre Alex Sourberry mettait l'accent sur ce message - le téléspectateur de la Dém-Ouest devait réaliser que l'Angleterre, la France et les Etats-Unis auraient dû objectivement être les alliés de l'Allemagne. Face au seul tyran authentique, le monstrueux Joseph Staline, avec ses plans mégalomanes de conquêtes du monde, confirmés par les actions de l'URSS au cours de l'après-guerre… une époque où même Churchill avait dû admettre que c'était la Russie soviétique qui était l'ennemi."