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L'Oeil électrique #29 |

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4livres

Renaud Camus : Tricks
1988, P.O.L.

"La littérature est là pour donner un supplément de jouissance, non de décence." Roland Barthes, préface à Tricks.
Qu'est-ce qu'un trick ? C'est une aventure sexuelle brève, intense et qui n'a lieu qu'une fois. Tricks raconte, égrène même pourrait-on dire, les rencontres homosexuelles de l'auteur, à la sortie de boîtes le plus souvent. Celles-ci ont lieu très souvent de la même façon : l'approche, le jeu de la séduction, toujours le même et toujours délicieux ; les préliminaires amoureux ; la nuit elle-même, décrite longuement, précisément et crûment, elle aussi presque identique d'une fois sur l'autre et pourtant à chaque fois bienfaisante. C'est ce qui frappe à la lecture de ces brefs récits - que Barthes dans sa lumineuse préface, rapproche des haïkus japonais : l'aspect sériel de ces amours d'un soir offre plus de renouvellement que de lassitude, plus d'explorations que de sur-place, plus de respect de l'Autre que de mépris, plus de bienveillance que d'indifférence. On se pose la question : qu'est-ce que l'amour ? Comment qualifier autrement ces quelques heures passées avec un autre, épanouissantes, heureuses, parfois drôles, où l'intimité est entière et immédiate, sans pour autant qu'elle implique un engagement qui excède les premières heures de l'aube ? Renaud Camus semble avoir réglé la question, en ne se la posant pas, en vivant, semble-t-il - même s'il nous faut ne pas être naïf, ne pas oublier la reconstruction propre à l'écriture autobiographique quand elle est autre chose qu'un discours sur soi au premier degré. Renaud Camus, donc, raconte, sans pudeur et sans tabou, sans gêne, sans fioriture - comme on se raconte les choses à soi-même - ses aventures. Le sexe est décrit sans complexe. Les dialogues sont minutieusement retranscrits, dans leur banalité, leur simplicité. Une proximité s'établit alors avec le lecteur, dénuée paradoxalement de tout voyeurisme. Camus dit tout, il n'y a donc rien à voir derrière. Une transparence d'ailleurs si idéale qu'on se prend à se demander : et si tout ces récits n'étaient que pures fictions, purs fantasmes ? Cet enchaînement parfait et sans aspérité des rencontres, cette sexualité phénix, cet hédonisme réussi : vécus ou désirés, imaginés ?
Peu importe ; Renaud Camus nous propose une écriture nouvelle de la sexualité - qui trouve aujourd'hui un écho chez Catherine Millet par exemple dans sa Vie sexuelle de Catherine M. - fondée sur l'absence d'interdits, l'absence même d'érotisme et son folklore. Et puis, ce qui touche dans cette singulière autobiographie, c'est la vraie place qu'elle accorde à ces amants éphémères. Elle leur donne un visage, un corps et une voix : hommage franc à tous ces garçons qui durant un moment ont offert un supplément de vie à l'auteur.