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L'Oeil électrique #6 |

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Duong Thu Huong : Histoire d’amour racontée avant l’aube
1993, Editions de l’aube

Au bout de neuf années d'un mariage décidé dans la précipitation, le commandant de division Vu Sinh fait prendre conscience à Luu, sa femme, qu'ils ne se sont jamais véritablement aimés. Bien que blessée, elle se rend bien compte qu'il s'agit là de la triste réalité, et le divorce est décidé d'un commun accord. Tous deux vont pouvoir trouver le véritable amour, chacun de son côté. Mais tout n'est pas si simple lorsqu'une cadre trop zélée du Parti décide que Vu Sinh n'a pas le droit de détruire ainsi le " bonheur " de sa femme.
On pourrait croire, à tort, qu'avec cette histoire d'amour malheureuse et ses personnages à la psychologie a priori simpliste, Duong Thu Huong ait écrit ici un insipide roman à l'eau de rose. Mais, ancienne combattante communiste engagée dans la Résistance aux Américains, elle est un peu la porte-parole de tous ceux qui, ayant cru à l'idéal de la Révolution vietnamienne, sont beaucoup plus critiques à l'égard du système politique qui y règne aujourd'hui. Ainsi, tout en tirant clairement sur la corde sensible, dans un style populaire voire populiste, Duong Thu Huong parvient à évoquer en finesse les dérives de l'appareil. Et sur l'autre face de la question, le personnage de Luu, magnifiquement maîtrisé, est un petit bijou de réflexion sur la responsabilité individuelle.

EXTRAIT

" - Reconnaissez-vous avoir eu des relations avec Hanh Hoa avant votre divorce ?
- Non.
- Si je comprends bien, vous considérez que votre liaison avec Hanh Hoa est parfaitement légale.
- Oui.
- Par conséquent, il n'y a selon vous aucun lien de cause à effet entre votre divorce avec Luu et votre relation avec Hanh Hoa ?
- Non.
- Pourquoi alors avez-vous attendu neuf ans pour aborder la question du divorce ?
-- ...
- Si votre couple ne s'entendait pas comme vous les dites, je crois que cela n'aurait pas duré si longtemps, ni que vous auriez eu deux enfants ensemble. Vous vous êtes mariés pendant la guerre de Résistance et vos noces avaient été organisées par les Jeunesses communistes, c'est-à-dire selon votre libre arbitre et en toute connaissance de cause. Aucun parent ne vous a contraint, aucune éthique féodale rétrograde n'a dicté votre conduite. Est-ce exact ?
- ...
- Par conséquent, nous pensons que votre divorce coïncide avec le moment de votre liaison avec Hanh Hoa. Autrement dit, vous avez commis un adultère. Vous avez trompé votre femme en la personne de sœur Luu ici présente. Vous êtes donc coupable d'avoir brisé le bonheur d'une femme et d'avoir privé deux enfants du foyer auquel ils ont droit. Qu'en dites-vous ?
- ...
(...)
Luu arriva une dizaine de minutes après lui. Elle abaissa la béquille de son vélo, pénétra dans la pièce où Vu Sinh prenait une tasse de thé avec son père. Elle dit à son mari d'un ton qu'elle essayait de rendre naturel :
-- Qu'est-ce que tu pédales vite, j'ai eu un mal fou à te rattraper.
Vu Sinh leva les yeux :
- M'avez-vous parlé ? Je n'ai pas bien compris ce que vous avez dit.
Sa voix était de glace.
Luu sentit monter à ses joues le feu de la honte et de l'humiliation. Mais elle n'avait qu'à s'en prendre à elle-même. N'était-ce pas elle qui avait fait appel, elle qui s'était accrochée à l'espoir d'un bonheur possible avec cet homme, dans cette maison ? Comme une femme que le désespoir avait précipité dans le vide, elle ne pouvait que s'abandonner à la chute. Elle dit entre les dents :
- Oui, c'est à toi, à mon mari que je parle. Est-ce clair ? "