> C’EST BEAU LA VIE + La bouffe > SOCIÉTÉ + Agriculture progressiste + Le quatrième pouvoir en CDD > LITTÉRATURE + Robert Piccamiglio > VOYAGE + Iran > PHOTO + Laure Vasconi > CINÉMA + Anna Thomson > MUSIQUE + Marcel Kanche > 4 LIVRES : LA BOUFFE + Pétrone : Le Satiricon + Omar Khayyâm : Quatrains - Robaïyat + Roald Dahl : Charlie et la chocolaterie + Richard Brautigan : Mémoires sauvés du vent > BOUQUINERIE + Jacques Faton : Du coq à l’âme + Primo Levi : À la recherche des racines, anthologie personnelle + Mathieu Pernot : Tsiganes + Willem : Éliminations + Nancy Houston : Nord perdu + Christian Béthune : Le rap, une esthétique hors-la-loi > NOUVEAUX SONS + Man : Arthur + Erik Truffaz : Bending New Corners + Ballin’ The Jack : Jungle + Calla : Calla + Rizwan et Muazzam Qawwali : Sacrifice To Love + Beat At Cinecittà : Volume 3 + Bruning Heads : Escape > JAMAIS TROP TARD + 4 créations psychédéliques > REVUES + Golias + Slow Food > ACTION + Attac |
|
Par David Balicki. Sue Fiona Anna Orpheline, elle pense être née dans l'état de New York mais n'est sûre de rien. A deux ans, elle commence à travailler comme mannequin et grandit entre New York et Paris où elle suit son père qui travaille dans la mode. Vers quatorze ans, alors qu'elle est costumière, elle va faire une livraison dans un théâtre où on lui propose de passer une audition ; elle obtient finalement un rôle : "Je ne sais pas pourquoi, les autres étaient sans doute pire que moi." L'expérience s'avère intéressante puisqu'elle rencontre l'acteur Christopher Walken : "Je n'avais jamais pris de cours de théâtre et il m'a beaucoup aidé, fait répéter. Il était très gentil et très drôle." Elle trouve un agent, joue pour la télévision jusqu'à ce casting providentiel pour La porte du paradis (1980) de Michael Cimino, où elle décroche un rôle de prostituée. Interrogée sur son désir de cinéma à cette période, elle avoue "Le cinéma je n'y pensais pas. J'ai tout raté, j'ai échoué à l'école, je n'ai pas eu d'ami et si l'on a ce sentiment d'échec, on ne peut pas imaginer réussir dans un métier aussi difficile." S'ensuit une filmographie longue d'une trentaine de films jusqu'à ce qu'en 1997, Kollek lui fasse confiance pour Sue. C'est son premier grand rôle et lorsque l'on demande à Anna Thomson si ces années de travail dans l'ombre ont été difficiles, elle répond simplement qu'elle était "a working actor, pas une vedette mais quelqu'un qui travaille régulièrement" et évoque les quatre-vingt pièces de théâtre dans lesquelles elle a joué. Le succès de sa performance dans le film de Kollek survient quelques années après la mort de son mari et la tristesse de Sue dans le film est sans doute aussi celle d'Anna Thomson. Impression confirmée lorsqu'on lui demande si le personnage est une invention : "Non pas du tout. C'est la perception d'Amos et il n'est pas tombé très loin ; je ne sais toujours pas comment il a été capable de voir tout cela en moi." Elle ajoute cependant que ce ne sont pas les faits qui la rapprochent de Sue mais plutôt sa façon de percevoir le monde. Comme Sue, Anna Thomson surprend par sa gentillesse, trait de caractère fondamental du personnage. Elle trouve d'ailleurs qu'aujourd'hui "dans le cinéma américain, la gentillesse, la tendresse, ce n'est pas quelque chose que l'on met beaucoup en valeur. Sue essaie de ne blesser personne." Quant à son travail d'actrice sur les films de Kollek, elle reste discrète, assurant qu'elle joue plutôt à l'instinct, par tâtonnements successifs, essayant de suivre le mieux possible les directions du metteur en scène ; tout cela en très peu de prises de façon à traquer "l'accident, le moment vrai, bizarre." Si pour Anna Thomson , Sue est "cassée par la vie" et "dès les premières images du film son destin semble clairement dessiné, […] Fiona, au contraire, n'a pas une vie sinistre parce que c'est quelqu'un qui se bat." (on repense alors aux frères Dardenne déclarant récemment que Rosetta n'est pas une œuvre pessimiste parce qu'elle montre un personnage qui ne s'est pas résigné). Et puisqu'Amos Kollek laisse le spectateur libre d'imaginer la fin de son film, elle veut croire à un "happy ending : Fiona gets the guy, she gets the money, she goes to California." Pour l'heure, Anna Thomson ne sait pas trop si elle se sent plus proche de Sue ou de Fiona mais s'avoue "incroyablement fatiguée par la vie." |