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L'Oeil électrique #7 | Bande dessinée / Le journal de Judith et Marinette

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BANDE DESSINÉE / LE JOURNAL DE JUDITH ET MARINETTE

Par Morvandiau.

Inconnu du grand public, son nom et son esprit ne sont pourtant pas sans évoquer Les contes du chat perché de Marcel Aymé ou les aventures de Tom Tom et Nana Dubouchon, facéties poétiques qui ne sont pas destinées qu'aux enfants. Le journal de Judith et Marinette grandit lentement mais sûrement depuis plusieurs années en développant une bande dessinée exigeante et amusée, récompensée par le prix off du dernier salon d'Angoulême. Séparés entre la Bretagne et l'Alsace, quatre larrons forment la famille chaleureuse de Judith et Marinette, loin de la houle spectaculaire mais peu salée de la grosse édition. Rencontre à l'ouest avec Fab et Imius.

Depuis quand existe le Journal de Judith et Marinette ?
Fab : Ça existe depuis janvier 96, après l'existence de Munster un autre petit fanzine… en fait notre association tourne depuis 93.

C'est toujours grosso modo la même bande. Comment vous répartissez-vous le boulot et comment se font les choix éditoriaux ?
Imius : Le noyau dur du journal est composé de quatre dessinateurs… au départ, chaque bande dessinée était consultée par les autres mais là, ça se fait de moins en moins parce que chacun a trouvé plus ou moins sa voie...
Fab : Chacun sait à peu près où il va dans ses histoires, on a plus trop de commentaires à donner.

Votre politique éditoriale repose sur le fait que vous vous connaissez bien au départ...
Fab : On sait que chacun a compris l'esprit du journal, on n'a pas de définition ou de cahier des charges où il serait marqué : " Voilà l'esprit du journal, et si vous n'adhérez pas à ce truc-là, vous êtes un con "… ça découle du fait qu'on aime et qu'on lit à peu près les mêmes choses… chacun des quatre fait confiance aux choix des autres.
Imius : Pour les personnes extérieures qui collaborent parfois, tout le monde est consulté. On essaye d'avoir l'unanimité, au moins qu'il n'y ait de refus catégorique de personne…
Fab : C'est la démocratie totalitaire, tout le monde doit être d'accord !

Comment voyez-vous l'évolution du journal du haut de ces sept numéros ?
Fab : au niveau formel, l'évolution est très limitée… on s'est fixé dès le début un cadre très rigide à l'intérieur duquel le travail de chacun se transforme.
Imius : Disons que par rapport à Munster, qui avait un côté " sous Fluide-glacial " et où il fallait entretenir une forme d'humour, avec le journal de Judith et Marinette c'est plutôt " arrêtons nos conneries et exprimons-nous nous-mêmes ". Donc y avait un côté casse-gueule mais finalement, à partir du moment où on devient plus sérieux dans sa création, les choses se font d'elles-mêmes…
Fab : Il y avait certainement des choses drôles dans Munster mais au bout du compte, on était un peu coincé par cet humour… Avec Judith et Marinette, si y a de l'humour à faire, c'est chaque auteur qui le gère.

Percevez-vous une évolution de la production de bande dessinée indépendante depuis 5/6ans que vous vous y intéressez ?
Fab : Disons que… je sais pas trop. L'évolution de l'Association (l'un des éditeurs indépendants moteurs, ndlr) est sans doute la plus visible… au niveau global, j'ai pas trop de recul là-dessus…
Imius : Je pense que l'évolution se fait un peu dans le luxe en fait… enfin dans la bonne présentation du livre en tant qu'objet… l'Association est passée par là et a montré une certaine ligne éditoriale luxueuse que chaque fanzine, plus ou moins petit, a essayé d'imiter…
Fab : Je pense que le travail de Chacal Puant ou du Dernier Cri a aussi été déterminant… Y a pas que l'Association, faut pas non plus exagérer…

Etre auteur et éditeur à la fois, c'est une force ou un handicap ?
Imius : C'est quand même vachement bien de pouvoir contrôler son produit jusqu'à la fin… le fait d'imprimer, ou de photocopier, soi-même, ça permet de connaître les limites techniques…
Fab : Ça influence même le travail de dessin.

Au dernier salon d'Angoulême, vous avez reçu le prix du festival " off ". Que pensez-vous de la nouvelle ligne officielle " grand public " et croyez-vous à la nécessité d'un tel off ?
Imius : Le problème c'est qu'Angoulême c'est pas très intéressant, dans le sens où il y a énormément de monde et finalement on voit pas grand chose… Il faut attirer du monde, attirer un public… Si on prend l'exemple de l'expo Macherot(1) qu'il y avait cette année…
Fab : Et alors, elle était bien ?
Imius : Ouais, ouais… à partir du moment où y a des planches et qu'on peut voir un travail qui est fait c'est intéressant, mais le problème c'est que Macherot correspond toujours à l'école franco-belge, qui est très bien, mais dont les représentants actuels sont des ersatz beaucoup moins bons. De la part du festival, c'est un peu ambigu parce que, autant on pourrait voir ces pages-là comme une histoire de la bande dessinée, autant là, c'était presque présenté comme étant l'expo d'une tendance encore actuelle et qui, donc, va attirer du monde… finalement je trouve ça dommage d'opter pour la facilité aux dépens de la découverte. L'expo sur la censure qui était aussi présentée était petite et pas très médiatisée…

Et donc, vous pensez que le off se justifiait ?
Fab : Ouais, c'est sûr. Ça se justifie doublement parce que, d'une part avec la politique " grand public " de cette année, ça marque aussi un coup… et d'autre

part parce que la Fanzinothèque qui gérait jusque là l'espace fanzine n'a pas voulu ni pu s'associer à l'organisation du festival officiel.

Ça marque un coup ?
Fab : Les choix de cette année s'apparentaient à la bédé de supermarché... en fait c'était plutôt un Angoulême/ Leclerc… c'est toujours un peu ça, mais cette année c'était pire que tout !

Vous participez à beaucoup d'autres festivals ?
Fab : Le moins possible… c'est beaucoup d'énergie, de temps et d'argent dépensés pour un résultat moindre…

Avec le numéro 7 du journal, vous publiez votre premier livre (Putoche ! de Tofépi). C'est une nouvelle étape ?

Imius : Ça marque une nouvelle étape un peu bizarre parce que ce bouquin représente deux ans de travail pour Tofépi et au final on lui propose 500 exemplaires… ça reste encore associatif… on le paie pas ni rien, c'est quand même un peu anormal même si on va essayer d'établir une diffusion en librairie…
Fab : C'est évident que pour l'instant on peut pas se permettre de payer un auteur… c'est ce qu'on aimerait… on va essayer au moins de le distribuer correctement…

Pour l'instant, comment ça se passe pour la diffusion ?
Fab : Avant Angoulême, ça se passait pas beaucoup… maintenant, la distribution je pense que c'est à inventer aussi…
Imius : Disons que comme on est auteurs/éditeurs, autant être diffuseurs aussi… (Rires) En fait, c'est aussi un moyen d'apprendre, de connaître différents trucs…

Vous ne publiez que rarement hors du journal. C'est un choix ou tout le monde vous a refusé ?
Imius : Cette question, elle est un peu chiante… Y a quelques propositions qui tombent qui sont très intéressantes ma foi, mais c'est aussi notre conception du fanzine… Pour nous, c'est une zone d'apprentissage et d'expérimentation. Même si certaines revues offrent cette possibilité-là, finalement on est bien chez soi quoi ! Avec le journal on essaye de créer un univers, une coloration éditoriale et aller ailleurs c'est un peu prendre une partie du journal et le foutre ailleurs… on sait pas trop si ça va marcher ou quoi… ça serait intéressant finalement mais on a l'impression de pas avoir tout dit non plus.

Vous ne concevez pas le fanzine comme étant un tremplin pour publier chez les éditeurs traditionnels ?
Fab : Oh non, surtout pas !
Imius : C'est aussi la volonté de pousser le journal de Judith et Marinette au bout de ses possibilités. Tant que ce support peut exister, autant qu'il existe.
Fab : Si un jour ça se casse la gueule, il faudra pas qu'on ait de regrets… se dire : " ah bah merde, tu te souviens en 99, on aurait pu essayer de faire ça… "
Imius : Ceci dit, les propositions nous font bien plaisir et cette année on va essayer de s'ouvrir… (Rires)
Fab : Maintenant qu'on est chômeurs, on peut bien faire ça ! (Rires)

On devine dans la plupart de vos histoires une inspiration autobiographique. Vous n'avez pas peur d'être à sec au bout d'un moment ?
Imius : Y a aussi une recherche de formes et de codes narratifs. Même si le fond est autobiographique, la forme est aussi une base de travail qui…
Fab : …permet de travailler le langage de la bande dessinée. Se questionner simplement par rapport à l'agencement de deux cases…
Imius : En gros le questionnement ça peut être " pourquoi y a toujours un temps mort entre deux cases ? " … jouer sur les ellipses, etc.
Fab : Avec l'autobiographie, on a une base de travail qui sonne plus vrai… non pas qu'on cherche la vérité ou la réalité mais, paradoxalement, cette base nous permet même de tricher en pervertissant la réalité de départ.
Imius : Et puis bon, dessiner des dragons ou des trolls… Jean (le quatrième larron avec Tofépi, ndlr) appelle ça de la bédé fantasme. Le fait de voir, par exemple, une armure qui épouse les formes d'une jolie demoiselle, wouah c'est génial mais ça paraît un peu dérisoire par rapport aux possibilités inexplorées qu'offre la bande dessinée.
Fab : Quand on voit la majorité des catalogues des grandes éditions, c'est beaucoup de bédé fantasme. Donc on s'éloigne de ça, forcément.

Pour plus de renseignements sur les 7 numéros du journal de Judith et Marinette et sur Putoche ! de Tofépi : Les taupes de l'espace. 2, rue du stade. 85390 Saint Maurice le Girard