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L'Oeil électrique #7 | Jamais trop tard / Pour the blues

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JAMAIS TROP TARD / POUR THE BLUES

Par Morvandiau.

Robert Johnson, The Complete Recordings - 1936/1937 (double CD, réédition 1990)
Peut-être ne connaissez-vous pas Robert Johnson ? Vous connaissez pourtant probablement certains des titres que d'autres ont repris et parfois popularisés. Les Blues Brothers avec Sweet Home Chicago, Eric Clapton avec Cross Road Blues et Rambling on my Mind, les Rolling Stones avec Love in Vain et Stop Breaking Down Blues ou encore les Red Hot Chili Peppers avec They're Red Hot… Né en 1911 dans une famille de fermiers du Mississippi, Robert Johnson est, de par sa vie et sa musique, l'incarnation du Blues. L'alcool, les femmes, l'amour, le désespoir, la solitude, le voyage… Sa vie regorge de la mythologie de cette musique ternaire. Certains soupçonnent même une inspiration diabolique tellement ses chansons sont puissantes et son jeu de guitare impressionnant. Incarnation symptomatique donc de ce genre maudit, Johnson meurt à 26 ans, tué par le poison versé dans son whisky par un mari jaloux ! D'abord influencé par le blues du Delta du Mississippi joué par ses aînés (Charlie Patton, Son House…) et nourri des morceaux traditionnels populaires (polkas et autres ballades), Robert Johnson invente une musique fraîche et encore incroyablement vivante 60 ans plus tard ! Sa voix haut perchée se promène dans le chemin que lui fraie sa guitare, entre tension et tranquillité.

Tampa Red, The Guitar Wizard --- 1928/1932/1934 (réédition 1994)
Plus encore que dans le précédent, on entend dans ce disque tout le grésillement du microsillon qui, ici, charme tant l'oreille en nous ramenant quelques décennies en arrière. Né en 1908,Tampa Red quitte sa ville natale de Tampa (Floride) pour Chicago à l'industrie d'après guerre 14-18 florissante. Outre le fait qu'il soit un grand joueur de bottleneck (littéralement " goulot de bouteille " que l'on utilise, passé au doigt, en glissant sur les cordes de la guitare), Tampa Red diffère de Robert Johnson en ce qu'il est l'un des premiers représentants importants du blues urbain de Chicago, où l'on ne travaille pas dans les champs de coton mais où l'on peut côtoyer Al Capone. D'autre part, s'il est aussi très bon chanteur et guitariste, Tampa Red est accompagné au piano, et parfois au chant, par Georgia Tom (son compère compositeur) ou Thomas A. Dorsey. Leurs différents timbres de voix se combinant avec bonheur, les morceaux, ragtime et blues rural touillés et digérés au bottleneck, sont tantôt enjoués (It'sTight Like That), tantôt d'une profonde nostalgie (Dead Cats On The Line, Don't Leave Me Here) ou encore très amoureux (Black Angel Blues). Tampa Red, qui accueillit régulièrement dans sa maison de Chicago des bœufs qu'on imagine extraordinaires (avec Big Bill Broonzy, Memphis Slim ou encore Sonny Boy Williamson), passa malheureusement inaperçu (!) lors du retour en force du blues dans les années 60/70 et mourut oublié en 1981.

Buddy Guy & Junior Wells, Drinkin' TNT 'n' Smokin' Dynamite - 1974
Enregistré au festival de Montreux, cet album est significatif du renouveau qu'a connu la musique du Diable sous l'impulsion des jeunes rockers anglais. Sur scène se retrouvent donc le guitariste Buddy Guy, l'harmoniciste Junior Wells, le pianiste Pinetop Perkins, tous trois issus du blues urbain américain et le bassiste Bill Wyman, incontournable pacemaker des Rolling Stones. Terry et Dallas Taylor assurent respectivement guitare rythmique et batterie. Buddy Guy et Junior Wells jouent en duo depuis 1958 et sont tous deux novateurs dans leur expressivité instrumentale. Le blues s'est bien sûr électrifié et ces deux gaillards ont su élaborer un langage qui, tout en puisant aux sources, est aussi moderne qu'enthousiaste. Junior Wells amplifie un harmonica inspiré des années trente qu'il sait rendre aussi corrosif que sensuel, assurant tant rythmiques que solos. Le son brillant et nerveux de Buddy Guy a quant à lui influencé un certain Jimi Hendrix, mais aussi de nombreux sous-clones sévissant sur la bande FM. L'album alterne morceaux enlevés (Everything Gonna Be Aliright, Checking On My Baby), parfois presque funkys (Messing With The Kid), avec des morceaux au rythme pépère (How Can One Woman Be So Mean, Ten Years Ago… ah, ce tempo poussif et paresseux !), ou empreints d'une beauté triste (Hoodoo Man Blues). Les voix des deux comparses se succèdent au chant et, reprises ou compositions, on regrette de n'avoir pas été là, l'été 74, pour voir et entendre ce solide maillon de l'histoire du Blues.

Muddy Waters, Hard Again - 1977
Dans la grande famille du Blues, Muddy Waters et ses musiciens constituent une véritable école (au même titre que, par exemple, Miles Davis pour le jazz). Junior Wells (qui eut Muddy pour tuteur lors d'écarts de jeunesse avec la justice), Buddy Guy, Pinetop Perkins (qui figure d'ailleurs sur cet album) et beaucoup d'autres en ont suivi assidûment les cours. Après Tampa Red dans les années trente, il personnifie un regain dans le Blues du Chicago des années cinquante, dont l'influence dépasse rapidement les limites de la ville et du pays. Hard Again, produit par le Texan Johnny Winter (qui y participe également en tant que guitariste), est un bijou de sobriété, dont l'efficacité redoutable doit tout au génie jovial et à l'étoffe de Muddy Waters. C'est un album électrique qui s'écoute fort chez soi, ou en voiture si les voisins menacent, hermétiques à la joyeuse rage qui s'en dégage. Le riff emblématique et entêtant de Mannish Boy soufflé/aspiré avec brio par l'harmoniciste James Cotton donne la mesure d'une musique puissante et grave, enregistrée dans des conditions qu'on devine aussi stimulantes que rigolardes. Les thèmes restent les mêmes (I Want to Be Loved, reprise de Willie Dixon, énorme contrebassiste au propre comme au figuré), l'énergie demeure, l'électricité et l'urbanisation en plus (Bus Driver). L'influence de Tampa Red se fait sentir sur le bottleneck de Muddy (I Can't Be Satisfied), et les Rolling Stones, Patti Smith ou Tom Waits ne se trompent pas quand ils se réfèrent à ce dernier (The Blues Had A Baby And They Named It Rock And Roll). Le piano martelé de Pinetop Perkins se rappelle à notre bon souvenir (Crosseyed Cat) soutenu par la batterie de Willie " Big Eyes " Smith, la basse de Charles Calmese et la guitare de Bob Margolin. Et la voix sympathique et râleuse de Muddy Waters achève d'insuffler une âme aux morceaux comme si celle-ci n'était pas complètement retenue prisonnière en Enfer…