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L'Oeil électrique #12 |

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4livres

Derek Walcott : Le Royaume du fruit-étoile
1992, Circé

Grand voyageur devant l'Eternel, Derek Walcott, dramaturge et poète, interroge depuis toujours le sens du mot "racines". Né aux Petites Antilles en 1930 d'une mère africaine et d'un père anglais, resté fidèle aux contradictions de son île, Santa Lucia, il trace dans son œuvre les lignes de tension entre culture européenne, africaine et caraïbe. Le poids de ces traditions, leur fusion parfois désenchantée, habite les personnages de ses pièces (Walcott est par ailleurs le fondateur du Trinidad Theatre Workshop).
Dans Le Royaume du fruit-étoile, où les éditions Circé ont eu la bonne idée de faire co-exister le texte original (Walcott écrit en anglais) avec la traduction de Claire Malroux (Prix Maurice Edgar Coindreau pour sa traduction des Poèmes d'Emily Dickinson), la prose du poète évoque le passé colonial et mythique des Amériques, l'insularité des êtres, la Nature et ses forces, les pays parcourus et contemplés, le jardin onirique de l'Afrique des origines. Derek Walcott ne peint pas des cartes postales dominicales où le métis jouerait son rôle attendu de figurant pittoresque : râle, scansion ou célébration bouleversante de la vie, sa langue, par la voix multiple de ses narrateurs, a une vigueur requinquante, homérique. Il a, pour ces écrits lumineux et sombres, reçu en 1992 le prix Nobel de Littérature.

Tanitoc.

EXTRAIT

Un matin la Caraïbe fut découpée
par sept premiers ministres qui achètent la mer en coupons-
un millier de milles aigue-marine garnis de dentelle,
un million de mètres de soie citron vert
un mille de violet, des lieues de satin céruléen -
ils la vendirent avec bénéfice aux consortiums,
les mêmes consortiums qui avaient loué les eaux
pour quatre-vingt dix-neuf ans en échange de cinquante navires,
lesquels la débitèrent à leur tour aux ministres
au commun compte bancaire, lesquels la revendirent
grâce aux pubs pour la Communauté économique des Caraïbes,
et ainsi tout le monde posséda une parcelle de mer,
certains en firent des saris, certains des madras ;
le reste fut offert à de blancs paquebots de croisière
plus hauts que la poste ; alors les bagarres commencèrent
dans les Cabinets pour savoir qui avait vendu en premier
l'archipel en vue de cette chaîne de magasins d'îles.
À présent un arbre à grenades était son royaume du fruit-étoile,
sur les prés en friche ses corbeaux patrouillaient,
il sentit son poing se crisper malgré lui
en une serre étranglant cinq colombes,
les mornes sous la loi martiale avaient l'aspect de plomb,
dans les jardins de banlieue la blanche paranoïa
fleurissait près des bougainvillées d'un avril surprenant ;
les rumeurs étaient une pluie en suspens : on disait
que les espions ennemis avaient alerté les antennes
subtiles des cafards, que les chauve-souris
transmettaient des secrets entre les ambassades ; (…)"