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Denis Johnson : Déjà mort Une fois le roman achevé, les événements relatés semblent finalement limpides. Cependant le procédé d'écriture utilisé par l'auteur, qui consiste à fragmenter l'histoire en mille petits tableaux, transforme la lecture en une expérience relativement complexe. Car c'est au lecteur que revient la tâche de recoller les morceaux pour comprendre ce qui s'est réellement passé. Et Johnson joue à merveille de cette situation ; il manipule son lecteur, le perdant et le faisant se retrouver à sa guise. Comme chaque fragment de cette œuvre kaléidoscopique se concentre sur un personnage précis, on a, de notre côté, l'impression que Denis Johnson aurait écrit plusieurs scénarios en ne prenant en compte qu'un personnage à la fois, mais qu'en définitive, il se serait décidé à les regrouper dans un seul et même roman. Ainsi ces changements successifs de point de vue offrent-ils une grande diversité de tons au récit, enrichissant les scènes les plus simples d'une pléthore de voix. Mais si la réalité est parfois difficile à percevoir dans Déjà mort, c'est aussi à cause des lentilles déformantes que sont la religion, le mysticisme et les drogues qui annihilent chez nos "héros" toute appréhension cartésienne du monde. Dans ce huis clos situé dans le triangle Anchor Bay, Gualala et Point Arena, étrange triangle d'un comté nord californien, toutes les personnes vivent indépendamment les unes des autres une expérience ayant rapport à la mort. Leur aventure changera par la suite leur comportement vis à vis de la société... La quatrième de couverture multiplie les comparaisons entre Déjà mort et l'œuvre cinématographique de David Lynch. Ce n'est pas gratuit : la singularité de ce livre fait clairement écho aux bizarreries de l'univers Lynchien ; dialogues en décalage, situations anormales et scènes purement esthétiques y foisonnent. |