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L'Oeil électrique #17 |

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4livres

Tove Jansson : Le Livre d’un été
1972, Albin Michel
Traduit du suédois par Jeanne Gauffin.

Voilà un de ces livres rares dont on appréciera la saveur, que l'on ait douze ou soixante-dix ans. Tove Jansson est l'écrivain qui, depuis 1939, a régalé les enfants d'une trentaine de pays avec les tribulations poétiques, magnifiquement illustrées de sa main, du troll Moomin (personnage apparu un peu par hasard à la fin des années trente dans un dessin de presse dénonçant Hitler). Peintre au parcours reconnu, qui n'a jamais considéré l'écriture comme autre chose qu'un passe-temps, Jansson a pourtant offert à ses lecteurs, enfants ou adultes, un univers riche d'échos familiers où les saisons ordonnent le temps qui passe. Le Livre d'un été nous narre le séjour de Sophie avec son père et sa grand-mère sur une île - sans doute celle-là même, dans le golfe de Finlande où l'écrivain, fille d'un sculpteur et d'une dessinatrice, a passé sa jeunesse. A moins que la vieille femme décrite ici, complice tour à tour attendrie et irritée des frasques de l'enfant, ne soit Tove Jansson elle-même, née en 1914. Peu importe. Le ton est d'une sérénité malicieuse et grave : lorsque l'aïeule entreprend d'aider sa petite fille à écrire une thèse sur les vers de terre qui se sont séparés en deux, l'auteur nous précise que "c'était une soirée spécialement propice pour commencer un livre, la lumière du couchant éclairait suffisamment." L'humour partout présent et un sentiment léger, un peu douloureux, du vieillissement de toutes choses, se mêlent avec justesse dans ces scènes aussi vivantes que des croquis pris sur le vif. Nul besoin en effet d'illustrations : dans Le Livre d'un été, une nuit venteuse, le bruit du ressac ou le vol d'oiseaux migrateurs sécrètent en nous une poignante et salutaire émotion qui, si l'on n'y prenait garde, pourrait bien chahuter l'image adulte que nous nous faisons de nous-mêmes. On se prend à s'interroger si ce bout du monde, préservé, secret, n'est pas trop pur pour être vrai. Mais le dialogue entre l'enfant et sa grand-mère a la chaleur du vécu. Au-delà d'une célébration de l'amour petit filial, Le Livre d'un été est un hymne calme et déluré à la création.

Tanitoc.

EXTRAIT

Vachement froide, répondit Sophie, et elle sauta dans le ravin. Le fond du ravin était couvert de galets gros comme une tête et qui devenaient de plus en plus petits jusqu'à n'être plus que de la taille d'une bille. Elles découvrirent un endroit où la roche était parsemée de ces minuscules grenats finnois que l'on rencontre parfois et elles essayèrent de les détacher avec un canif. En vain, cela ne réussit jamais. Elles mangèrent du pain dur et regardèrent le bateau, tous les filets étaient posés et il rentrait maintenant. Bientôt, il disparut derrière la pointe.
Tu sais, parfois, je trouve ça vachement ennuyeux quand tout va bien.
Ah ! vraiment, dit la grand-mère en prenant une autre cigarette. C'était seulement sa deuxième avant midi, elle essayait toujours de fumer en cachette quand elle y pensait.
Il n'arrive rien, expliqua sa petite-fille. Je voulais grimper dans la balise mais papa me l'a défendu.
C'est dommage, dit la grand-mère.
Non, dit Sophie, ce n'est pas dommage. C'est vachement stupide.
D'où tiens-tu cette expression ? Tu n'arrêtes pas de dire vachement.
Je ne sais pas, je trouve que ça sonne bien.
Le violet est une couleur vachement laide, dit la grand-mère. A propos, t'ai-je déjà raconté qu'un jour j'ai eu un cochon mort ? Nous l'avons fait bouillir pendant toute une semaine pour nettoyer les os, et cela sentait affreusement mauvais. Ton papa voulait avoir le squelette pour l'école. Tu sais, pour la zoologie.
Non, dit Sophie méfiante. Comment ça ? Quelle école ?
Quand ton papa était petit.
Comment ça, petit ? Quel cochon ? Et comment appelais-tu cette chose ?
Bah ! Rien, dit la grand-mère. Un jour, quand ton papa avait à peu près ton âge.
Il est grand, dit l'enfant, et elle se mit à nettoyer ses orteils qui étaient pleins de sable. Elles restèrent toutes les deux silencieuses Au bout d'un moment, la grand-mère dit :
Juste maintenant, il croit que je suis en train de dormir sous cette espèce de parapluie.
Mais c'est ce que tu ne fais pas. Tu es ici, en train de fumer en cachette.
Elles ramassèrent des galets qui n'étaient pas encore parfaitement ronds et les jetèrent dans la mer pour qu'ils s'arrondissent. Le soleil poursuivit sa course et de nouveau le bateau contourna la pointe, releva les filets et les replongea aussitôt.
Il y a vachement peu de poissons, dit la grand-mère.