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L'Oeil électrique #26 |

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4livres

Tseng Kwong Chi : The Expeditionary Works
1992, Houston Center For Photography

Si le fil du déclencheur n'était pas visible sur ses images, on ne pourrait savoir qu'il s'agit d'autoportraits. Un passant pourrait vraisemblablement en être l'auteur. Ou nous-mêmes, qui aurions pris les mêmes. Du fait de la correspondance, nous voilà compagnons de ce voyage autour du monde en quatre-vingts prises de vue, des Etats-Unis au Japon. Cet ensemble de photographies publiées dans The Expeditionary Works (aussi connu sous le nom East Meets West) suit une même démarche : le photographe passe devant l'appareil, devant le monument. L'image, fidèle, reflète un visage impassible, imperturbable, faisant front à l'œil enregistreur, où le lieu devient secondaire. Tseng Kwong Chi est né à Hongkong en 1940, et s'établit à New York en 1979, où il débute sa série d'autoportraits. Il continue ce travail devant les monuments les plus célèbres et les plus facilement identifiables à travers le monde, de la Statue de la Liberté à la Tour Eiffel. Pour chaque séance, il est habillé du traditionnel costume Mao, d'une paire de lunettes de soleil, et d'une fausse identité. Il se définit comme un "voyageur curieux, un témoin de son époque et comme un ambassadeur ambigu". Pourtant, cette identité ne le définit aucunement. Il est pareil à tout un chacun. Tseng Kwong Chi se joue de la rigidité de l'image archétype, rapportée à la suite de la visite des lieux qu'il faut voir. Des variations sont introduites dans la pose. Le corps en chair et en os de l'artiste, authentifié par l'immobilité photographique, disparaît. Seule reste la présence d'un homme dressé en habit de parade, dont le regard est ailleurs, hors-champ. Le cadrage varie pour chaque photographie. Il s'éloigne, se rapproche pour accentuer l'étrangeté du rapport entre ce personnage et le lieu dans lequel il se situe. Ainsi, il apparaît comme une figure sans qualités qui déambule à travers le monde, pour marquer de sa présence des lieux où l'on se photographie.
La signification de son travail ne se résume pas à la seule critique de l'iconographie commune. Elle entretient des rapports avec l'Histoire. Sa série fut inspirée par "l'idée selon laquelle l'histoire est une complète fabrication". Le fait de revêtir le costume Mao, "son alter ego, un ambassadeur caustique à l'égard de lui-même, était à la fois une réponse à la superficialité des relations diplomatiques restaurées entre les Etats-Unis et la Chine et une référence à la propagande de la Longue Marche autoritaire de Mao", indique Barry Blinderman.
En somme, le personnage devient ce corps, baladé à travers le monde, comme convenu, dont la présence n'est authentifiée que par cette image ironique qui retient seulement la trace d'une présence immatérielle du corps. Devant Notre-dame, le corps ne se pose pas, et ne rapportera que son passage. Car la seule certitude rapportée n'est pas celle de l'identité, de l'existence. Elle est celle de son passage. Alors, tournant le dos au monument qui domine le passant de ses siècles, il ne reste plus qu'à marcher, à passer, à sortir du cadre qui saisit, qui permet de reconnaître, d'identifier. Et la nature le ramène à sa mesure, à celle d'un point.

Ludovic Bruneaux.

EXTRAIT