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L'Oeil électrique #7 |

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4livres

Richard Ford : Rock Springs
1979, Payot

Un motel paumé dans le Montana, une mine d'or surgie de nulle part, une prison au petit matin, le décor est planté. Dix nouvelles écrites entre 79 et 87, et toutes situées dans le Montana, état à part dans l'ouest des Etats-Unis. Dix nouvelles qui illustrent l'univers littéraire de Richard Ford : raconter des bouts de vies ordinaires, dont les acteurs sont loin de témoigner de cette forme d'optimisme (courante chez le héros classique du rêve américain) que révèle toujours une façon brutale d'affronter le monde. Et ces personnages se retrouvent souvent confondus par cette impression de franchir une étape sans l'avoir voulu. Il y a de la modestie chez Richard Ford, une grande douceur dans son écriture, dans le laconisme si concret de ses notations et de ses dialogues. Et cette modestie et cette douceur mettent en jeu des souffrances, des blessures, des rêveries et des déceptions que ses personnages ne parviennent pas toujours à formuler. Là est sa force. Richard Ford rôde autour de la pénombre des âmes à l'aide d'une écriture aux contours tranchés. Ses intuitions de la souffrance sont vertigineuses. Dans la banalité du quotidien, avec humilité, Richard Ford apporte à ses antihéros une certaine loyauté, à certains moments fébrile, mais toujours empreinte d'une touchante sincérité.

Julien Krauss.

EXTRAIT

" Tout ce que je vais raconter s'est passé alors que j'avais quinze ans, en 1959, l'année du divorce de mes parents, l'année où mon père est allé en prison après avoir tué un homme, l'année où j'ai quitté l'école ainsi que la maison de mes parents, menti sur mon âge pour tromper les recruteurs de l'armée, l'année où je suis parti pour ne plus jamais revenir. L'année, en d'autres termes, où la vie a changé pour nous tous sans espoir de retour - où, à dire vrai, elle s'est achevée d'une manière qu'aucun d'entre nous n'aurait jamais pu imaginer même dans ses rêves les plus fous.
Mon père s'appelait Roy Robinson ; il travaillait dans les chemins de fer de la Great Northern, à Great Falls, dans le Montana. Il était chauffeur sur une locomotive de manœuvre ; lorsque la liste d'ancienneté lui interdisait d 'exercer cette fonction, il travaillait comme employé surnuméraire ou simple cheminot, voire comme aide-cheminot, déplaçant les machines dans la cour des chemins de fer, les dételant ou les attelant aux trains de marchandises en partance vers le sud ou vers l'est. Âgé de trente-sept ou trente-huit ans en 1959, c'était un petit homme aux yeux bleu foncé, qui faisait plus jeune que son âge. Il aimait les chemins de fer, parce que son travail était bien payé et guère trop pénible, et puis parce qu'on pouvait prendre des jours, voire des mois de congé sans solde à sa convenance, sans que personne ne vous pose la moindre question. Le syndicat faisait la pluie et le beau temps, et l'on venait toujours vous chercher dès que vous aviez le dos tourné.
- C'est le paradis de l'ouvrier, disait souvent mon père avant d'éclater de rire. "